Tamazight ne sera jamais ...

Publié le par le chaoui

BOUTEFLIKA A CONSTANTINE :“Tamazight ne sera jamais langue officielle”
Par trois fois, le chef de l’Etat, qui louait “les vertus exceptionnelles” du cheikh Abdelhamid Benbadis, “le précurseur de la formule consacrée : nous sommes amazighs arabisés par l’islam”, soulignera à l’ouïe de son assistance : “Vous avez saisi, je tenais à mettre les points sur les i.” L’on pouvait aussitôt décrypter dans les susurrements de ses hôtes le nom de son chef de gouvernement. Dans son collimateur, il n’y avait pas cependant qu’Ouyahia. Les dernières sorties de Hocine Aït Ahmed, Abdelhamid Mehri, Abdelaziz Belkhadem, Madani Mezrag, voire même Saïd Sadi ont fini par susciter la réaction de Bouteflika qui a dédié son meeting constantinois, tenu jeudi au stade Benabdelmalek, notamment à l’élaboration de mises au point vigoureuses à l’adresse de ses vis-à-vis. Le général à la retraite Mohamed Betchine, l’un des artisans des accords avec l’AIS dont a hérités Bouteflika en 1999, était l’un des premiers arrivés au stade. Installé aux premières loges, il servira en fin de meeting “une chaleureuse” accolade au président. Madani Mezrag, qui donnait la veille en compagnie des autorités de la wilaya de Jijel le coup de starter à un marathon baptisé “de la réconciliation et de la paix”, n’était pas présent comme il le fut dans la même arène au même titre que Betchine en mars 2004 à l’occasion d’un meeting de campagne pour les dernières présidentielles. “Il me plaît de souligner que rares sont les villes d’Algérie qui, comme Constantine, ont su préserver leur identité arabo-musulmane. Une identité tirant sa substance de sa langue, sa culture, ses traditions et son histoire. Elle, (Constantine, ndlr) fut un témoin privilégié de la tragédie nationale parce que la paix et la sérénité y étaient restées préservées grâce au civisme de ses habitants”. Le propos introduisant le discours de Bouteflika étonnera plus d’un tant il est vrai que Constantine, contrairement au constat erroné qu’il lui affecte, n’a guère était épargnée par l’hydre terroriste et fut par excellence l’un des viviers du terrorisme intégriste. Constantine qui a failli sombrer dans les méandres de l’obscurantisme et de la violence islamiste durant la décennie rouge n’en est pas moins le repère incontournable du référent berbère de l’Algérie car le même propos contraste à vrai dire avec la halte effectuée au terme de sa visite au tombeau de Massinissa. Evoquant Benbadis, Bouteflika prévient de la confusion que peut susciter son évocation. “Je ne voudrais pas qu’il y ait confusion entre le nom de Benbadis et un quelconque courant politique. Benbadis est une personnalité d’exception. C’est le premier qui a osé dire que nous sommes amazighs arabisés par l’Islam”, avance-t-il avant de poursuivre qu’il tenait à mettre les points sur les I car “nous avons constitutionnalisé tamazight en tant que langue nationale et il n’existe pas un pays de par le monde qui ait deux langues officielles. L’Algérie ne tolérera jamais cela et qu’il soit clair une fois pour toutes que la langue nationale officielle est l’arabe. Ceci ne nous empêche pas d’apprendre la langue amazighe avec toutes ses variantes et dialectes.” Il revient à la charge pour répéter par trois reprises qu’il ne pouvait rester passif et taire des propos qui ne prennent pas en considération l’intérêt du pays. La mise au point est lourde de sens pour son chef du gouvernement Ahmed Ouyahia, particulièrement ciblé par le ton et la teneur de cette digression ajustée au préambule même de son discours. Un court répit, le temps de rendre hommage aux participants à son meeting venus de Annaba, Skikda, Mila, Guelma, Souk-Ahras et Taref, est pris par Bouteflika qui réajuste son collimateur à l’adresse, cette fois-ci, de Hocine Aït Ahmed, lequel avait exhorté les citoyens, la veille, à un boycott massif de la consultation de jeudi prochain. “Notre crise est exclusivement algérienne et nous n’attendons aucune alternative de l’extérieur. Je ne suis pas venu vous imposer d’autorité une solution à cette crise mais pour vous soumettre un projet que vous pouvez approuver ou non. Vous pouvez vous abstenir de voter mais j’insiste : il est impératif de s’exprimer par oui ou non.” Appelant la jeune génération à s’imprégner de l’histoire de l’Algérie, Bouteflika émet cette réflexion : “le colonisateur avait attenté à notre authenticité et à notre identité à telle enseigne que dans certaines régions du pays nous avons fini par nous interroger sur nos origines : sommes-nous arabes ou bien berbères ?” Et de poursuivre, “il est aujourd’hui de votre devoir de réunir ce que le temps avait désuni. Les origines de notre crise sont autant internes qu’externes. Elles ont été instrumentalisées pour servir des intérêts étrangers et pour détruire le pays, aussi je voudrais rendre hommage à l’ANP, aux services de sécurité et aux Patriotes qui ont sauvé la République telle que nous la voulons, démocratique et populaire”. Une République prête à accueillir à bras ouverts tous ceux qui voudront s’y intégrer, des repentis d’un bord comme de l’autre, insinue-t-il en s’exclamant “nous ne voulons ni d’un Etat islamique ni d’un Etat laïque et il n’est plus question de revenir à 1991”. L’essor du pays est conditionné, selon lui, par le recouvrement de la paix et au-delà par l’ambition de redonner à l’Algérie le statut qu’elle avait acquis au lendemain de l’indépendance au terme d’une épopée historique que “les lois fallacieuses votées par le Parlement français ne peuvent effacer”, dira-t-il. Bouteflika ne se contentera pas uniquement de cette parenthèse pour évoquer les rapports de l’Algérie avec l’Hexagone. Plus loin, il louera les liens d’amitié qui existent entre les deux pays non sans attirer l’attention sur la notion du pardon. “Une valeur sûre du peuple algérien qui a su pardonner à un colonisateur de 130 années et qu’il ne peut que reconduire pour ses propres enfants.” Il exhorte de ce fait le peuple à réserver un traitement “rationnel et sobre et exclusivement national à la crise car nous avons des frères égarés auxquels nous pouvons, aujourd’hui d’une position de force, celle du peuple et de l ’Etat, tendre la main en leur offrant une autre chance à travers la charte pour la paix et la réconciliation nationale après l’expérience de la politique de concorde civile dont nous avons cueilli les fruits”. Néanmoins, Bouteflika prévient ceux-là mêmes (“les égarés”, ndlr) de s’abstenir de s’enorgueillir d’un quelconque héroïsme et de reconnaître que leurs actes étaient dirigés contre le peuple algérien et contre la notoriété de l’Algérie. Il assimile d’ailleurs les dernières sorties de certains dirigeants de l’ex-FIS et/ou ex-chef terroriste à un grenouillage qui ne peut avoir de conséquences sur le cour des évènements. Et d’amnistie, Bouteflika dira que “seul le peuple est apte à accorder l’amnistie mais le jour où nous le lui demanderons, nous devons lui expliquer le sens exact de l’amnistie générale sur les plans politique, juridique et procédurial. Il faudrait aussi que nous lui expliquions que l’amnistie générale ne signifie pas un retour à l’avant 1991”. Un fardeau qu’il ne saura supporter, terminera-t-il par avouer, avant d’exhorter “les frères égarés à l’intérieur et à l’extérieur du pays” de revenir dans les bras de “l’Algérie généreuse et clémente”.
K. G.

Publié dans L'info de Tamezgha

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