Les neuf plus grandes maisons d'édition de livre algériennes se sont déclarées solidaires de leur confrère INAS, éditeur du livre "Les geôles d'Alger" de Mohamed Benchicou et dont le stand au Salon international du livre d'Alger , a été arbitrairement fermé par les organisateurs. Dans un communiqué rendu public mercredi, elles dénoncent et condamnent "une censure - qui ne dit pas son nom - qui se généralise à tous les supports d’expression publique" et expriment "leur solidarité à l’égard d’un confrère victime d’une décision arbitraire".
Voici le communiqué dans son intégralité.
Dans l’indifférence générale, le stand des éditions Inas - dirigés par Boussad Wadi - est fermé depuis le deuxième jour du Salon international du livre, sur décision du comité d’organisation de
la Safex. Peu de gens semblent s’en émouvoir.
Ce salon s’inscrit sous le signe d’un glorieux slogan « Libertés et imaginaire », alors même qu’il cautionne une action discrétionnaire. L’éditeur s’est vu brutalement cadenassé son stand au
motif qu’il mettait en vente le dernier ouvrage de Mohamed Benchicou. Le prétexte est fallacieux : on lui a reproché d’exposer un livre qui n’était pas dans la liste envoyée à l’Anep avant le
salon. Car chaque éditeur était tenu de soumettre une liste d’ouvrages à l’Anep bien avant la tenue du salon. Sanction, donc. Le principe même de cette liste est révoltant. Pourquoi un éditeur
algérien devrait-il soumettre une liste des ouvrages qu’il a l’intention d’exposer lors d’un salon du livre se tenant en Algérie ? Au nom de quoi ? On peut comprendre que le comité d’organisation
ait recours à ce procédé pour filtrer les livres venant de l’étranger, ceux de propagande religieuse incitant à la violence par exemple. Mais pourquoi s’attaquer à un éditeur national éditant un
auteur algérien ? Le comité d’organisation, au lieu de s’occuper de Boussad Wadi, devrait plutôt, entre autres, édicter des normes d’occupation des stands et des règles d’exposition des livres,
en interdisant par exemple que les cartons soient utilisés comme supports d’exposition, ou que les livres soient entassés à même le sol. Boussad Wadi a été sanctionné. Nous aurions tous dû l’être
: certains d’entre nous (la majorité en vérité), n’a même pas envoyé de liste à l’Anep, par négligence, mais parfois aussi par principe. Où sont les sanctions ? Pourquoi ne vient-on pas sur
chacun de nos stands vérifier si les livres que nous exposons sont en conformité avec la liste que certains d’entre nous - sottement disciplinés - ont pourtant transmise à l’Anep ? Nous sommes en
effet quelques-uns à exposer sur nos stands des livres non répertoriés. Si l’on faisait le compte, entre les éditeurs qui, d’un côté, n’ont pas transmis cette liste, de l’autre en ont envoyé une,
mais non exhaustive, la quasi-totalité des stands nationaux auraient dû subir le même sort que celui de Boussad Wadi.Une question enfin : Bousad Wadi aurait-il subi la même sanction s’il avait
mis en vente un livre de cuisine ou de contes pour enfants, qu’il soit ou non listé ? Nous souhaitons exprimer ici, en tant que professionnels du livre, notre solidarité à l’égard d’un confrère
victime d’une décision arbitraire, et condamner une censure - qui ne dit pas son nom - qui se généralise à tous les supports d’expression publique. L’éditeur de livres, le libraire, les acteurs
du livre en général, occupent, dans notre pays, une place dérisoire ; ils parient sur la liberté de pensée et de l’imaginaire - la vraie liberté, pas le vain mot utilisé en guise de slogan.
- Éditions Apic, Barzakh, Casbah, Chihab, Dalimen, Hibr, Le Tell, Librairie Ijtihad, Omega International.
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