Djemina
Djemina
J’ai passé la nuit, la tête dans les étoiles, moi Djemina, portant mon prénom comme une promesse inachevée, rêvant au roi Ibdas, à sa forteresse de Zerbula, maudissant Salomon, ce grec conquérant venu forcé l’enceinte même de Geminianus, épiant ma reine Dehia dans l’aube qui se lève. Ecrit donc Djemina me souffle mon frère. Ecrit…. Et ma main coule sur le papier glacé, déversant encre bleue et émotions «Djemina m’ont nommée les miens, en souvenir de notre aïeule, la toute première, née à Djemina, ce haut lieu des Aurès, là ou la reine Dehia et avant elle le roi Ibdas et avant eux des générations d’hommes généreux y avaient construits leurs forteresses à même les rochers abrupts de la falaise infranchissable, décourageant envahisseurs et conquérants. Lieu mythique, lieu de résistance, lieu qui me hante et qui me raconte, lieu qui me propulse aussi vers d’autres lieux de ma Berbérie. Djemina je me nomme, et Djemina, je vais à la rencontre des miennes, ces femmes qui chacune à sa manière m’avait légué quelque chose d’elle ; un regard, un sourire, un geste, un soupir, une violence, une tendresse, un espoir, une souffrance. Et moi en script effarouchée, j’ai tenté de les reconstituer en cette nuit étoilée. » Ecrit Djemina, écrit me dit mon frère…. Alors, ce soir, si tu permets, jambes pliées comme j’ai vu mes aïeules le faire, la narratrice c’est moi….
Nassira Belloula, native des Aurès est journaliste depuis une douzaine d’années ayant exercé dans plusieurs quotidiens dont Le Matin, La Nouvelle République et Liberté. Elle poursuit en parallèle une carrière d’écrivaine, expérimentant plusieurs formes d’écritures, allant de l’essai au roman passant par le récit et la poésie. Son écriture polyvalente et fraîche lui donne un cachet particulier. Elle est l’auteur notamment de Algérie, le massacre des innocents, Fayard 2000, La revanche de May Enag 2003 et Les Belles Algériennes Média-plus 2006.
Auteur. HAMATOU RACHID
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