Mds Une charte qui perpétue la menace

Publié le par azuggagh

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Une charte qui perpétue la menace

 

contre la paix et la stabilité

 

 

 

Le pouvoir incarné par Bouteflika vient de livrer un projet de charte pour la paix et la réconciliation qui contourne l’exigence essentielle posée par la crise algérienne à savoir édifier un Etat démocratique moderne fondée sur les valeurs de justice et de liberté, en rupture avec l’islamisme et le système rentier. Il s’agit pour le pouvoir, dans une vision réductrice de la réconciliation, de mieux éviter toute référence à une éventuelle rupture en reconnaissant des droits « aux victimes de la tragédie nationale » pour mieux nier à celles-ci et aux autres algériens tous leurs droits politiques, économiques et socio-culturels et octroyer le plus grand des privilèges aux assassins et chefs islamistes : l’impunité.

 

 

Espérant encore manipuler les aspirations sincères et profondes à la paix et à l’établissement d’un nouveau consensus national démocratique, c’est en plein mois d’août  que le pouvoir annonce qu’il soumettra à référendum un texte concocté en vase clos et dont il allègue arbitrairement qu’il correspond aux équilibres politiques, au moment où on avait focalisé l’attention de l’opinion sur les partielles en Kabylie. L’intégrisme ne s’y trompe pas et exige déjà plus dans une ultime étape à venir.  On le voit la question de l’amnistie, de la paix et de la réconciliation nationale peuvent servir encore de marche-pied à l’islamisme. La preuve en est que des chefs sanguinaires comme Madani Mezrag et Benaïcha et un condamné à mort par contumace comme Rabah Kébir soutiennent publiquement l’initiative. Le pouvoir tourne le dos aux évolutions en cours dans la société et tente de geler les rapports de force dans un équilibre précaire et en divorce avec la société en réclamant tous les pouvoirs. Il ne saurait de cette manière ni cacher son incapacité à conduire à un authentique consensus et à le garantir, ni à faire diversion sur les véritables enjeux de la crise.

 

 

Le Président de la République prétend vouloir officiellement consacrer une fin supposée au conflit avec l’islamisme par un acte solennel qui devrait clore ce qu’il appelle la tragédie nationale, il sait pourtant parfaitement qu’il s’agit d’une agression caractérisée, délibérément barbare et sauvage contre le peuple algérien et ses institutions. On ne peut prétendre ostraciser ceux qui ont appelé au meurtre de nos diplomates et par une telle charte signifier une reconnaissance de la justesse et de la noblesse de la cause islamiste. On ne peut clore ce dossier sans une condamnation claire, sans ambiguïté des crimes intégristes. Reconnaître la responsabilité de l’islamisme ce n’est pas mettre l’islam en accusation c’est au contraire affirmer le clivage qui existe entre le terrorisme et l’islamisme d’une part et l’islam d’autre part.

 

 

Avec des menaces à peines voilées contre ceux qui rejetteraient le projet, une campagne unilatérale est déjà engagée pour sommer, une nouvelle fois, les algériens de faire le sacrifice de leurs sacrifices et accepter, en faveur des terroristes islamistes, une série de mesures dont une partie n’est pas encore connue. Le pouvoir réclame ainsi de nouveaux gages à un peuple qui a déjà tout donné et dont l’engagement en faveur de la paix s’enracine dans sa résistance à la barbarie intégriste et qui poursuit inlassablement son œuvre de construction d’un Etat démocratique moderne, socle commun dans la voie du progrès. On ne peut proclamer en grandes pompes la fin du conflit ni, dans ce cadre, prononcer souverainement des mesures de

 


clémence sans consacrer une victoire irréversible et sans que les causes en aient été définitivement extirpées et que l’Algérie en soit radicalement prémunie à l’avenir.

 

 

L’ambivalence du discours présidentiel, sa versatilité imprègne le projet de charte ; ainsi, ce serait la politique de concorde civile, tout comme la politique de la rahma qui l’a précédée, qui aurait permis de vaincre le terrorisme, dit il,  après avoir loué la résistance de l’armée, des forces de sécurité et des patriotes. Il dénonce ceux qui ont instrumentalisé la religion tout en faisant l’impasse sur la genèse de la crise, la responsabilité de l’islamisme et les conséquences bien comprises d’une telle instrumentalisation et en s’arrogeant le droit d’instrumentaliser la religion. Il dénonce formellement l’instrumentalisation du « qui tue qui », après en avoir fait un large usage, de même qu’il reconnaît la résistance et la victoire populaire aux côtés de l‘ANP lui qui disait qu’il serait monté au maquis à un autre âge pour en fin de compte exiger que le peuple le mandate pour demander pardon au nom de la Nation.  

 

 

Bouteflika lui-même prend à contre-pied son « propre projet » en donnant des assurances et en proclamant à qui veut l’entendre que ce n’est pas celui de ses vœux. Il laisse comprendre qu’il attend d’être investi de nouveaux pouvoirs pour imposer sa solution comme à l’époque de la loi sur la concorde civile où il ne s’était pas contenté des avantages accordés par la loi et avait été plus loin en accordant une grâce-amnistiante. Or le Président de la République sait très bien que la grâce-amnistiante, anti-constitutionnelle, accordée dans le cadre de la concorde civile n’a nullement consacré le retour définitif à la paix et au développement. Mais l’attitude du pouvoir n’a rien de paradoxal, elle vise à renouveler des concessions à l’islamisme dans le cadre d’un projet despotique de reproduction de l’hégémonie des forces au pouvoir. Bouteflika réclame un chèque en blanc, de véritables pouvoirs supra-constitutionnels en se présentant comme un rempart contre l’islamisme alors même qu’il est la brèche par laquelle ce dernier s’engouffre.

 

 

Les patriotes et démocrates refusent de se voir éternellement soumis au chantage de l’intégrisme terroriste qui voit ses forces cycliquement amnistiées et par conséquent encouragées à persister dans le projet criminel d’édification d’un Etat théocratique. Ils doivent maintenant s’élever contre les prétentions du pouvoir à se placer à jamais dans une situation d’arbitre dans un conflit qui oppose deux projets de société.

 

 

Le MDS réaffirme avec force que l’Algérie a plus que jamais besoin d’une alternative qui réconcilie le peuple algérien avec son histoire, et porte ses espoirs dans un Etat moderne, démocratique tourné vers l’avenir , un Etat dont les institutions se réconcilient  avec la société. Cette alternative passe nécessairement par un consensus à la mesure des exigences nouvelles, un consensus national démocratique qui rejetterait catégoriquement et sans appel un consensus de réconciliation entre un système rentier bureaucratique et ceux qui ont mis à feu et à sang le pays. Seul un Etat moderne, débarrassé de la rente et délesté de l’islamisme est capable de prendre des mesures d’apaisement sans menacer l’Algérie comme nation, société et Etat. Le MDS appelle les patriotes et les démocrates à une mobilisation large, active et conquérante pour barrer la route à une telle charte porteuse de tous les dangers.

 

 

 

Alger, le 23 août 2005

 

Le Bureau National

 

 

Publié dans Libre opignon

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