Poésie amazigh d’expression chaouie

Publié le par fad'ma

Poésie amazigh d’expression chaouie

Zerfa Sahraoui, une poésie exutoire

Lauréate du 1er prix de Poésie amazigh, organisé fin décembre 2003 à la Maison de la culture de Tizi Ouzou, Zerfa Sahraoui l’aurésienne est une «femme exceptionnelle», comme elle se plaît à le répéter, qui a reçu plusieurs prix, entre autres l’édition d’un opuscule de 100 poèmes d’expression chaouie et dont certains enregistrés sur cassette audio avec un mixage musical authentiquement kabyle (flûte…). Zerfa est cette femme très attachée à la vie montagnarde qui l’a marquée de façon indélébile dès son tendre jeune âge. 
A 15 ans, à la disparition de feu Boumediene, le président de la République, elle lança son premier cri — thighri en chaoui — et ce fut la révélation d’une poétesse qui sommeillait en cette petite créature des Aurès, yellis n’Wedrar, la fille de la montagne. Sensuelle à l’extrême, Zerfa sermonne les infâmes, à l’exemple de cette strophe transcrite en gréco-latin.
Tecca, accay mnes d’assemad.
Teswa, aman nnes irgazen et suite.
Dans ce long poème, Zerfa constate la décadence de la nation algérienne qu’elle ne cesse de découvrir depuis la disparition de Boumediene.
Elle exprime son écœurement à l’égard des lâches, dévoilant l’incurie et l’infamie de certains segments de la société algérienne qui tels des vautours s’acharnent sur leurs charognes.
La poétesse de Batna, journaliste dans le quotidien El Fedjr. «J’extériorise une mystérieuse angoisse», confie Zerfa qui avoue pratiquer une poésie exutoire d’ailleurs très bien exprimée dans ce passage d’un poème Therguit (le rêve).
Je me retrouve en quête de… libérateurs «liberté».
Des crocs cannibales, de ceux qui ont construit, bâti des hécatombes
En détruisant l’espoir, l’amour, la paix, l’identité.
Ce poème émouvant chanté en chaoui a été interprété par Zerfa en monologue, au théâtre.
Orpheline à 20 ans, Zerfa pleure la nostalgie, l’orphelinat, le pays, la lâcheté. Bref, une poésie dramatique où les adorateurs du Z (des Amazighs) trouvent l’expression de leur bouillonnement intérieur inspiré par les espèces passionnées de la poétesse chaouie Khoukha Rhioua Boudjenit (1914-1963), baignées de révolte contre la colonisation. L’élève revendique un art authentique même s’il conduit parfois à de douloureuses impasses. Zerfa adore «son peuple même s’il la trompe». Femme exceptionnelle vraisemblablement.

Bourki M.

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