Chaouie dans le texte et à la télévision

Publié le par fad'ma

Chaouie dans le texte et à la télévision

Ilhem Achir, 30 ans et du charme à revendre. Présentatrice du journal en langue chaouie de Canal Algérie, elle a su se faire une place sur le petit écran et dans le cœur des Algériens. Rencontre en direct.

13/05/02 : " Fraîcheur ", " spontanéité ", " naturel "… sont des adjectifs qui reviennent souvent sur les lèvres des admirateurs d' Ilhem Achir. Avec un prénom pareil ("l'inspiration " en arabe), il est normal que la jeune femme suggère autant de qualificatifs. Mais pas seulement. Elle les doit aussi au travail qu'elle mène depuis six ans sur Canal Algérie.   
      
    Ilhem présente le journal en langue chaouie (dialecte berbère parlé dans l'Est algérien, notamment par les habitants des Aurès), tous les jours en direct à 18 heures, retransmis sur tout le territoire algérien. Un journal flexible qui s'adapte à l'actualité et varie de 15 à 25 minutes. Avant, elle s'occupait du flash d'information sans image. Venue à la télévision par hasard, après des études de sociologie de la communication à Annaba et Alger, elle réussit le concours pour travailler à la télévision en arabe. Un mois plus tard, on lui propose d'intégrer la rédaction berbère qui comprend le kabyle, le mozabite et le chaoui.   
      
    Les femmes au créneau   
      
    Elle accepte, légèrement angoissée. " J'ai été élevée chez mes grands-parents qui me parlaient en chaoui mais à l'école c'était l'arabe et le français, je comprenais donc la langue mais ne la maîtrisais pas totalement… maintenant je crois que je la parle plutôt bien ! " Mais qu'on ne s'y méprenne pas. " Je ne suis pas une militante du berbérisme ", souligne-t-elle. " Je suis avant tout journaliste et contre l'utilisation de ce métier noble pour d'autres raisons que l'information du public ".   
      
    Ilhem a fait ses débuts télévisuels en 1994. La situation en Algérie est alors effroyable. " A cette époque de massacres et de fuite des journalistes, les hommes se sont cachés. Seules les femmes ont accepté de défier la conjoncture et de s'exposer à la télévision. On a alors assisté à une progression de la gent féminine à tous les niveaux, du montage à la réalisation en passant par le reportage et la présentation. La femme algérienne a trouvé sa place à la télévision à la faveur de ces événements macabres. "   
      
    La période est difficile. Ilhem se souvient des pressions. " On se sentait vraiment menacé. La moindre personne travaillant à la télé pouvait être visée. Comme cette femme de ménage que l'on a voulu forcer à poser une bombe. Et qui a refusé. " C'est l'amour de son métier qui la pousse à s'entêter dans cette voie. " En primaire, toutes les filles de ma classe voulaient être médecin, ingénieur ou enseignante. Moi, c'était journaliste car cela représentait la liberté absolue. " Evidemment la réalité est moins idyllique. " Aujourd'hui, nous (les journalistes télé, ndlr) luttons pour notre liberté d'expression, c'est notre objectif. " Avec comme désir, l'éclosion d'un audiovisuel privé qui affaiblirait le monopole étatique.   
      
    Force de caractère   
      
    " Bien des journalistes sont tentés d'aller travailler pour des chaînes étrangères, arabes ou francophones, pas moi. Ce sont ces conditions dures et cet environnement qui m'encouragent à donner le meilleur de moi-même ", révèle la jeune femme. La timidité naturelle est alors balayée par la détermination. La douceur laisse la place à la force de caractère.   
      
    Drapée dans un châle typiquement algérois, Ilhem dévoile ses deux facettes : ancrée dans les traditions de son pays, elle est aussi résolument moderne, affichant son goût pour la mode occidentale. La présentatrice est aussi fière d'être née dans un village " de savoir ", au nom évocateur de Montesquieu et qui abrita à la période antique la première université du pays, " la seconde après Rome, dont il ne reste que des vestiges ", dans la région de Souk Ahrès (village natal de Saint-Augustin).   
      
    Mais depuis 8 ans qu'elle habite à Alger, elle a appris " à être seule ", loin de sa famille qui vit à 700 km de la capitale. Aujourd'hui, la jeune femme de 30 ans termine un magistère de sociologie sur " l'impact des programmes télé sur la femme au foyer ". Ilhem semble bien avoir la télévision dans la tête et dans la peau.   

Olivia Marsaud

Publié dans L'info des Aurès

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