Plate-forme du congrès de la Soummam 2

Publié le par fad'ma

Plate-forme du congrès de la Soummam "2"   
II)        LES PERSPECTIVES POLITIQUES
La preuve est faite que la Révolution Algérienne n'est pas une révolte de caractère anarchique, localisée, sans coordination, sans direction politique, vouée à l'échec.
La preuve est faite qu'il s'agit au contraire d'une véritable révolution organisée nationale et populaire, centralisée, guidée par un état-major capable de la conduire jusqu'à la victoire finale.
La preuve est faite que le gouvernement français, convaincu de l'impossibilité d'une solution militaire, est obligé de rechercher une solution politique.
Voilà pourquoi le FLN, inversement, doit se pénétrer de ce principe :
La négociation suit la lutte à outrance contre un ennemi impitoyable, elle ne la précède jamais.
Notre position à cet égard est fonction de trois considérations essentielles pour bénéficier du rapport des forces :
1°) Avoir une doctrine politique claire ;
2°) Développer la lutte armée d'une façon incessante jusqu'à l'insurrection générale ;
3°) Engager une action politique d'une grande envergure.
 
A) POURQUOI NOUS COMBATTONS !
La Révolution Algérienne a la mission historique de détruire de façon définitive et sans retour le régime colonial odieux, décadent, obstacle au progrès et à la paix.
I.        Les buts de guerre ;
II.       Le cessez-le-feu ;
III.    Négociations pour la paix.
I. LES BUTS DE GUERRE
Les buts de guerre, c'est le point final de la guerre à partir duquel se réalisent les buts de paix. Les buts de guerre, c'est la situation à laquelle on accule l'ennemi pour lui faire accepter nos buts de paix. Ce peut être la victoire militaire ou bien la recherche d'un cessez-le-feu ou d'un Armistice en vue de négociations. Il ressort que, vu notre situation, nos buts de guerre sont politico-militaires. Ce sont :
1°) L'affaiblissement total de l'Armée française, pour lui rendre impossible une victoire par les armes ;
2°) La détérioration sur une grande échelle de l'économie colonialiste par le sabotage, pour rendre impossible l'administration normale du pays ;
3°) La perturbation au maximum de la situation en France sur le plan économique et social, pour rendre impossible la continuation de la guerre;
4°) L'isolement politique(de la France ) en Algérie et dans le monde ;
5°) Donner à l'insurrection un développement tel qu'il la rend conforme au droit international(personnalisation de l'armée, pouvoir politique reconnaissable, respect des lois de la guerre, administration normale de zones libérées par l'ALN) ;
6°) Soutenir constamment le peuple devant les efforts d'extermination des Français.
 
II. LE CESSEZ- LE-FEU
Conditions
•  a)      Politiques  :
1°) Reconnaissance de la Nation Algérienne indivisible.
Cette clause est destinée à faire disparaître la fiction colonialiste de « Algérie française ».
2°) Reconnaissance de l'indépendance de l'Algérie et de sa souveraineté dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la diplomatie.
3°) Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l'insurrection nationale du 1 er novembre 1954.
4°) Reconnaissance du FLN comme une seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En contre-partie, le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.
b) Militaires
Les conditions militaires seront précisées ultérieurement.
III. NEGOCIATIONS POUR LA PAIX  
1°) Les conditions sur le cessez- le- feu étant remplies, l'interlocuteur valable et exclusif pour l'Algérie demeure le FLN. Toutes les questions ayant trait à la représentativité du peuple algérien sont du ressort exclusif du FLN (gouvernement, élections, etc….). Aucune ingérence de ce fait de la part du gouvernement français n'est admise.
2°) Les négociations se font sur la base de l'indépendance(diplomatie et défense nationale incluses).
3°) Fixation des points de discussions :
•  -              Limites du territoire algérien(limites actuelles y compris le Sahara algérien) ;
- Minorité française(sur la base de l'option entre : citoyenneté algérienne ou étrangère - pas de régime préférentiel - pas de double citoyenneté algérienne et française) ;
•  -           Biens français: de l'Etat français, des citoyens français ;
•  -             Transfert des compétences(administration) ;
- Formes d'assistance et de coopération françaises dans les domaines économiques, monétaire, social, culturel, etc.…. ;
•  -     Autres points.
Dans une deuxième phase, les négociations sont menées par un gouvernement chargé de préciser le contenu des têtes de chapitre. Ce gouvernement est issu d'une assemblée constituante, elle-même issue d'élections générales.
 
La Fédération Nord-africaine
L'Algérie libre et indépendante, brisant le colonialisme racial fondé sur l'arbitraire colonial, développera sur des bases nouvelles l'unité et la fraternité de la Nation Algérienne dont la renaissance fera rayonner sa resplendissante originalité.
Mais les Algériens ne laisseront jamais leur culte de la Patrie , sentiment noble et généreux, dégénérer en un nationalisme chauvin, étroit et aveugle.
C'est pourquoi ils sont en même temps des Nord-Africains sincères attachés, avec passion et clairvoyance, à la solidarité naturelle et nécessaire des trois pays du Maghreb.
L'Afrique du Nord est un TOUT par : La géographie, l'histoire, la langue, la civilisation, le devenir.
Cette solidarité doit donc se traduire naturellement dans la création d'une Fédération des trois Etats nord-africains.
Les trois peuples frères ont intérêt pour le commencement à organiser une défense commune, une orientation et une action diplomatique communes, la liberté des échanges, un plan commun et rational d'équipement et d'industrialisation, une politique monétaire, l'enseignement et l'échange concerté des cadres techniques, les échanges culturels, l'exploitation en commun de nos sous-sols et de nos régions sahariennes respectives.
Les tâches nouvelles du FLN pour préparer l'insurrection générale.
L'éventualité de l'ouverture des négociations pour la Paix ne doit en aucun cas donner naissance à une griserie du succès, entraînant inévitablement un dangereux relâchement de la vigilance et la démobilisation des énergies qui pourrait ébranler la cohésion politique du peuple.
Au contraire, le stade actuel de la révolution algérienne exige la poursuite acharnée de la lutte armée, la consolidation des positions, le développement des forces militaires et politiques de la Résistance.
L'ouverture des négociations et leur conduite à bonne fin sont conditionnées d'abord par le rapport des forces en présence.
C'est pourquoi, sans désemparer, il faut travailler avec ensemble et précision pour transformer l'Algérie en un camp retranché, inexpugnable. Telle est la tâche que doivent remplir avec honneur et sans délai le FLN et son Armée de Libération Nationale.
Dans ce but, reste valable plus que jamais le mot d'ordre fondamental :
Tout pour le Front de la Lutte Armée.
Tout pour obtenir une victoire décisive.
L'indépendance de l'Algérie n'est plus la revendication politique, le rêve qui a longtemps bercé le peuple algérien courbé sous le joug de la domination française.
C'est aujourd'hui un but immédiat qui se rapproche à une allure vertigineuse pour devenir, très bientôt, une lumineuse réalité.
Le FLN marche à pas de géants pour dominer la situation sur le plan militaire, politique et diplomatique.
Objets nouveaux : préparer dès maintenant, d'une façon systématique, l'insurrection générale , inséparable de la libération nationale.
•  a)        Affaiblir l'armature militaire, policière, administrative et politique du colonialisme ;
•  b)       Porter une grande attention, et d'une manière ininterrompue, aux cotés techniques de la question, notamment l'acheminement du maximum de moyens matériels ;
•  c)        Consolider et élever la synchronisation de l'action politico-militaire.
Faire face aux inévitables manœuvres de division, de divergence ou d'isolement lancé par l'ennemi, par une contre-offensive intelligente et vigoureuse basée sur l'amélioration et le renforcement de la Révolution populaire libératrice.
•  a) Cimenter l'union nationale anti-impérialiste ;
•  b) S'appuyer d'une façon plus particulière sur les couches sociales les plus nombreuses, les plus pauvres, les plus révolutionnaires, fellahs, ouvriers agricoles ;
•  c)     Convaincre avec patiente et persévérance les éléments retardataires, encourager les hésitants, les faibles, les modérés, éclairer les inconscients ;
•  d)   Isoler les ultra-colonialistes en recherchant l'alliance des éléments libéraux, d'origine européenne ou juive, même si leur action est encore timide ou neutraliste.
Sur le plan extérieur, rechercher le maximum de soutien matériel, moral et psychologique.
•  a)     Augmenter le soutien de l'opinion publique ;
•  b)    Développer l'aide diplomatique en gagnant à la cause algérienne les gouvernements des pays neutralisés par la France ou insuffisamment informés sur le caractère national de la guerre d'Algérie.
•  III) MOYENS D'ACTION ET DE PROPAGANDE
Les perspectives politiques générales tracées précédemment mettent en relief la valeur et la variété des moyens d'action que le FLN doit engager pour assurer la victoire complète du noble combat pour l'indépendance de la patrie martyre.
Nous allons en préciser les grandes lignes sur le plan algérien, nord-africain, français et étranger.
 
1°) Comment organiser et diriger des millions d'hommes dans un gigantesque combat .
L'union psyco-politique du peuple algérien forgée et consolidée dans la lutte armée est aujourd'hui une réalité historique.
Cette union nationale, patriotique, anticolonialiste, constitue la base fondamentale de la principale force politique et militaire de la Résistance.
Il convient de la maintenir intacte, inentamée, dynamique, en évitant parfois les fautes impardonnables de sectarisme ou d'opportunisme, pouvant favoriser les manœuvres diaboliques de l'ennemi.
Le meilleur moyen d'y parvenir, c'est de maintenir le FLN comme guide unique de la Révolution Algérienne  ; cette condition ne doit pas être interpréter comme un sentiment de vanité égoïste ou un esprit de suffisance aussi dangereux que méprisable.
C'est l'_expression d'un principe révolutionnaire : réaliser l'unité de commandement dans un état-major qui a déjà donné les preuves de sa capacité, de sa clairvoyance, de sa fidélité à la cause du peuple algérien.
Il ne faut jamais oublier que, jusqu'au déclenchement de la Révolution , la force de l'impérialisme français ne résidait pas seulement dans sa puissance militaire et policière, mais aussi dans la faiblesse du pays dominé, divisé, mal préparé à la lutte organisée, et surtout, pendant une longue période, de l‘insuffisance politique des dirigeants des diverses fractions du mouvement anti-colonialiste.
L'existence d'un FLN puissant, prolongeant ses racines profondes dans toutes les couches du peuple, est une des garanties indispensables.
•  a)   Installer organiquement le FLN dans tout le pays, dans chaque ville, village, mechta, quartier, entreprise, ferme, université, collège, etc.. ;
•  b) Politiser le maquis ;
•  c)     Avoir une politique de cadres formés politiquement, éprouvés, veillant au respect de la structure de l'organisation, vigilants, capables d'initiatives ;
•  d)    Répondre avec rapidité et clarté à tous les mensonges, dénoncer les provocations, populariser les mots d'ordre du FLN en éditant une littérature abondante, variée touchant les secteurs même les plus restreints.
Multiplier les centres de propagande avec machines à écrire, papier, ronéo(reproduction des documents nationaux et édition de bulletins ou tracts locaux).
Editer brochure sur la Révolution et bulletin intérieur pour directives et conseils aux cadres.
Bien se pénétrer de ce principe : La propagande n'est pas l'agitation qui se caractérise par la violence verbale, souvent stérile et sans lendemain. En ce moment ou le peuple algérien est mûr pour l'action armée positive et féconde, le langage du FLN doit traduire sa maturité en prenant la forme sérieusement, mesurée et nuancée sans manquer pour cela de la fermeté, de la franchise et de la flamme révolutionnaire.
Chaque tract, déclaration, interview ou proclamation du FLN a aujourd'hui une résonance internationale. C'est pourquoi nous devons agir avec un réel esprit de responsabilité qui fasse honneur au prestige mondial de l'Algérie en marche vers la liberté et l'indépendance.
 
2°) Clarifier le climat politique
Pour conserver juste l'orientation de la Résistance toute entière, dressée pour détruire l'ennemi séculaire, nous devons balayer tous les obstacles et tous les écrans sur notre chemin par les éléments conscients ou inconscients d'une action néfaste, condamnés par l'expérience.
 
3°) Transformer le torrent populaire en énergie créatrice
Le FLN doit être capable de canaliser les immenses vagues qui soulèvent l'enthousiasme patriotique de la nation. La puissance irrésistible de la colère populaire ne doit pas se perdre comme la force extraordinaire du torrent qui s'évanouit dans les sables.
Pour la transformer en énergie créatrice le FLN a entrepris un colossal travail de brassage de millions d'hommes.
Il s'agit d'être présent partout.
Il faut organiser sous des formes multiples, souvent complexes, toutes les branches de l'activité humaine.
 
•  A) Le Mouvement Paysan
La participation massive de la population des fellahs, khammès et ouvriers agricoles à la Révolution , la proportion dominante qu'elle représente dans les moudjahidine ou moussebiline de l'Armée de Libération Nationale ont profondément marqué le caractère de la Résistance algérienne.
Pour en mesurer l'importance exceptionnelle, il suffit d'examiner le revirement spectaculaire de la politique agraire colonialiste.
Alors que cette politique était basée essentiellement sur le vol des terres (habous, arch, melk) les expropriations s'étant poursuivies jusqu'en 1945-46, le gouvernement français préconise aujourd'hui la réforme agraire. Il ne recule pas devant la promesse de distribuer une partie des terres d'irrigation, en mettant en application la loi Martin restée lettre morte à la suite du veto personnel d'un haut fonctionnaire au service de la grosse colonisation. Lacoste lui-même ose envisager, dans ce cas, une mesure révolutionnaire : l'expropriation d'une partie des grands domaines.
Par souci d'équilibre, pour apaiser la furieuse opposition des gros colons, le gouvernement français a décidé la réforme du Khammessat. C'est là une mesure trompeuse tendant à faire croire à l'existence d'une rivalité intestine entre fellahs et Khammés, alors que le métayage a déjà évolué naturellement vers un processus plus équitable, sans l'intervention officielle, pour se transformer généralement en « chourka benés » ou l'association par moitié.
Ce changement de tactique traduit le profond désarroi du colonialisme voulant tenter de tromper la paysannerie pour la détacher de la Révolution.
Cette manœuvre grossière de dernière heure ne dupera pas les fellahs qui ont déjà mis en échec la vielle chimère des «affaires indigènes» séparant artificiellement les Algériens en Berbères et Arabes hostiles.
Car la population paysanne est profondément convaincue que sa soif de terre ne pourra être satisfaite que par la victoire de l'indépendance nationale.
La véritable réforme patriotique de la misère des campagnes, est inséparable de la destruction totale du régime colonial.
Le FLN doit s'engager dans cette politique juste, légitime et sociale. Elle aura pour conséquence :
•  a) La haine irréductible à l'endroit du colonialisme français, de son administration, de son armée, de sa police et des traîtres collaborateurs.
•  b) La constitution de réserves humaines inépuisables pour l'ALN et la Résistance  ;
•  c) L'extension de l'insécurité dans les campagnes(sabotages, incendies de fermes, destruction des tabacoops et des vinicoops, symboles de la présence colonialiste) ;
•  d) La création des conditions pour la consolidation et l'organisation de nouvelles zones libérées.
B) Le Mouvement Ouvrier
La classe ouvrière peut et doit apporter une contribution plus dynamique pouvant conditionner l'évolution rapide de la Révolution , sa puissance et son succès final.
Le FLN salue la création de l'U.G.T.A. comme l'_expression d'une saine réaction des travailleurs contre l'influence paralysante des dirigeants de la C.G .T., de F.O. et de la C.F .T.C..
L'U.G.T.A. aide la population salariée à sortir du brouillard de la confusion et de l'attentisme.
Le gouvernement socialiste français et la direction néo-colonialiste de F.O. sont inquiets de l'affiliation internationale de l'U.G.T.A. à la C.I .S.L., dont l'aide à l'U.G.T.A. et à la Centrale marocaine a été positive dans divers domaines nationaux et extérieurs.
La naissance et le développement de l'U.G.T.A. ont eu en effet un profond retentissement. Son existence a provoqué immédiatement un violent remous au sein de la C.G .T, abandonnée en masse par les travailleurs. Les dirigeants communistes ont essayé vainement de retenir les cadres les plus conscients en essayant de retrouver sous les cendres l'esprit de l'ancienne C.G.T.U. dont le mot d'ordre de l'indépendance de l'Algérie fut enterré au lendemain de l'unité syndicale en 1935.
Mais pour devenir une centrale nationale, il ne suffit pas à la filiale de la C.G .T. parisienne de modifier le titre, ni de changer la couleur de la carte, ni même de couper un cordon ombilical atrophié.
Pour s'adapter aux fonctions nouvelles du mouvement ouvrier ayant déjà atteint l'âge adulte, il ne suffisait pas à l'U.G.S.A. de changer de forme ou d'aspect extérieur. Quiconque observe les velléités communistes, ne peut manquer de retrouver le rythme et la méthode colonialistes, qui ont présidé à la transformation des délégations financières en la bâtarde Assemblée Algérienne.
L'accession de certains militants à des postes de direction syndicale rappelle singulièrement la promotion symbolique de certains élus-administratifs.
Dans les deux cas, il aurait fallu changer le but, la nature et le contenu du Foyer civique et du Palais Carnot.
L'incapacité de la direction du P.C.A. sur le plan politique ne pouvait que se traduire sur le plan syndical et entraîner la même faillite.
L'U.G.T.A. est le reflet de la profonde transformation qui s'est produite dans le mouvement ouvrier, à la suite d'une longue évolution et surtout après le bouleversement révolutionnaire provoqué par la lutte pour l'indépendance nationale.
La nouvelle centrale algérienne diffère des autres organisations C.G.T.F.O. et C.F.T.C. dans tous les domaines, notamment par l'absence de tutelle, le choix de l'état-major, la structure rationnelle, l'orientation juste et la solidarité fraternelle en Algérie, en Afrique du Nord et dans le monde entier.
1°) Le caractère national se traduit non seulement par une indépendance organique, détruisant les contradictions inhérentes à une tutelle étrangère, mais aussi par une liberté totale dans la défense des travailleurs dont les intérêts vitaux se confondent avec ceux de toute la nation algérienne.
2°) La direction est formée non par des éléments issus d'une minorité ethnique n'ayant jamais subi l'oppression coloniale, toujours enclins au paternalisme, mais par des patriotes dont la conscience nationale aiguise la combativité contre la double pression de l'exploitation sociale et de la haine raciale.
3°) La « colonne vertébrale » est constituée non par une aristocratie ouvrière(fonctionnaires et cheminots) mais par les couches les plus nombreuses et les plus exploitées(dockers, mineurs, ouvriers agricoles, véritables parias jusqu'ici abandonnés honteusement à la merci des seigneurs de la vigne.
4°) Le souffle révolutionnaire purifie le climat syndical non seulement en chassant l'esprit néo-colonialiste et le chauvinisme national qu'il engendre, mais en créant les conditions pour l'épanouissement d'une fraternité ouvrière, imperméable au racisme.
5°) L'action syndicale, maintenue longtemps dans le cadre étroit des revendications économiques et sociales, isolée de la perspective générale, est devenue non un frein dans la lutte anti-colonialiste mais un accélérateur dans le combat pour la liberté et la justice sociale ;
6°) La population laborieuse algérienne, jugée jusqu'ici comme mineure ne méritant pas l'émancipation, est appelée, non à occuper un rang subalterne dans le mouvement social français, mais à coopérer brillamment avec le mouvement ouvrier nord-africain et international ;
7°) L'U.G.S.A. -C.G.T-, se verra inévitablement contrainte de se dissoudre à l'exemple des organisations similaires de Tunisie et du Maroc pour céder entièrement la place à l'U.G.T.A., centrale nationale authentique et unique, groupant tous les travailleurs algériens sans distinction.
Le FLN ne doit pas négliger le rôle politique qu'il peut jouer pour aider et compléter l'action syndicale indépendante de l'U.G.T.A. en vue de sa consolidation et de son renforcement.
Les militants FLN doivent être parmi les plus dévoués, les plus actifs, toujours soucieux de respecter les règles démocratiques selon la tradition en honneur dans le mouvement ouvrier libre.
Pas de schématisme: tenir compte de chaque situation concrète et adapter les formes d'actions aux conditions particulières, objectives de chaque corporation.
•  -      Développer l'esprit de combativité en organisant sans retard l'action revendicative sous une forme souple et variée selon les conditions concrètes du moment(arrêt de travail limité, grèves locales, corporatives, de solidarité) ;
•  -      Entraîner dans l'action, les travailleurs européens ;
•  -      Concrétiser la sympathie pour l'ALN en transformant en action de soutien la résistance : souscriptions, fournitures aux combattants, actes de sabotage, grèves de solidarité, grèves politiques.
•   
C) Le Mouvement des Jeunes
La jeunesse algérienne a les qualités naturelles de dynamisme, de dévouement et d'héroïsme.
De plus, elle se caractérise par un fait rare. Très nombreuse, elle représente près de la moitié de la population totale, en raison d'un développement démographique exceptionnel.
En outre, elle possède une qualité originale ; la maturité précoce. En raison de la misère, de l'oppression coloniale, elle passe rapidement de l'enfance à l'âge adulte ; la période de l'adolescence est singulièrement réduite.
Elle suit avec passion, avec le mépris de la peur et la mort, l'organisation révolutionnaire qui peut la conduire à la conquête de son pur idéal de liberté.
La Révolution Algérienne , les exploits de l'ALN et l'action clandestine du FLN répondent à sa témérité que nourrit le plus noble sentiment patriotique.
C'est donc pour le FLN un levier inflexible d'une puissance et d'une résistance formidables.
 
D) Intellectuels et Professions Libérales
Le ralliement des intellectuels à la patrie algérienne, le fait que la «francisation » n'a pas réussi à étouffer leur conscience nationale, la rupture avec les positions idéalistes individualistes ou réformistes, sont les preuves d'une saine orientation politique.
1°) Former des comités d'action des intellectuels patriotiques :
•  a)   Propagande : indépendance de l'Algérie ;
•  b) Contacts avec les libéraux français ;
•  c) Souscriptions.
Le FLN devra assigner aux étudiants et étudiantes, d'une manière rationnelle, des tâches précises dans les domaines ou ils peuvent rendre le mieux : politique, administratif, culturel, sanitaire, économique, etc…
2°) Organiser des services de santé :
•  a) Chirurgiens, médecins, pharmaciens en liaison avec les hospitaliers(internes et infirmiers) ;
•  b) Soins, médicaments, pansements ;
•  c)   Infirmiers de campagne, traitement des malades et convalescents.
•   
E) Commerçants et Artisans
A côté du syndicat commercial algérien, dominé par le monopoleur Schiaffino, maître des chambres de commerce et le mouvement Poujade raciste et colonial-fasciste, se trouvait le vide constitué par l'absence d'une véritable Centrale commerciale et artisanale, dirigée par des patriotes pour assurer la défense de l'économie algérienne.
L'U.G.C.A. prendra une place importante à côté de l'organisation ouvrière sœur, l'U.G.T.A.
Le FLN doit l'aider à se dévelloper rapidement en créant les conditions politiques les plus favorables :
1°) Lutte contre les impôts.
2°) Boycott des grossistes colonialistes, poujadistes, apportant un soutien actif à la guerre impérialiste.
F) Mouvement des Femmes
D'immenses possibilités existent et sont de plus en plus nombreuses dans ce domaine.
Nous saluons avec émotion, avec admiration, l'exaltant courage révolutionnaire des jeunes filles et des jeunes femmes, des épouses et des mères ; de toutes nos sœurs « moudjahidates » qui participent activement, et parfois les armes à la main, à la lutte sacrée pour la libération de la Patrie.
Chacun sait que les Algériens ont chaque fois participé activement aux insurrections nombreuses et renouvelées qui ont dressé, depuis 1830, l'Algérie contre l'occupation française.
Les explosions principales de 1864 des Ouled Sidi Cheikh du Sud Oranais, de 1871 en Kabylie, de 1916 dans les Aurès et la région de Mascara ont illustré à jamais l'ardent patriotisme, allant jusqu'au sacrifice suprême, de la femme algérienne.
Celle-ci est aujourd'hui convaincue que la Révolution actuelle aboutira inexorablement à la conquête de l'indépendance.
L'exemple récent de la jeune fille kabyle qui repousse une demande en mariage, parce que n'émanant pas d'un maquisard illustre d'une façon magnifique le moral sublime qui anime les Algériennes.
Il est donc possible d'organiser dans ce domaine, avec des méthodes originales propres aux mœurs du pays, un redoutable et efficace moyen de combat.
•  a)       Soutien moral des combattants et des résistants ;
•  b)       Renseignements, liaisons, ravitaillement, refuges ;
•  c)        Aide aux familles et enfants de maquisards, de prisonniers ou d'internés.
4°) L a recherche des alliances.
Pour libérer leur patrie enchaînée, les Algériens comptent d'abord sur eux-mêmes.
L'action politique, comme la science militaire, enseignement qu'il ne faut négliger aucun facteur, même apparemment peu important, pour assurer la victoire.
L'action politique le FLN a entrepris avec succès la mobilisation de toutes les énergies nationales. Mais il ne laissera pas l'ennemi colonialiste s'appuyer sur la totalité de la minorité ethnique en Algérie, dresser contre nous l'opinion en France et nous priver de la solidarité internationale.
 
A) Les Libéraux Algériens
A la différence de la Tunisie et du Maroc la minorité ethnique d'origine européenne a une importance numérique dont il faut tenir compte. Elle est renforcée par une immigration permanente jouissant d'une aide officielle et fournissant au régime colonial une fraction importante de ses soutiens les plus farouches, les plus obstinés, les plus racistes.
Mais en raison de ses privilèges inégaux, du rôle qu'elle joue dans la hiérarchie économique, administrative et politique du système colonialiste, la population d'origine européenne ne constitue pas un bloc indissoluble autour de la grosse colonisation dirigeante.
L'esprit de race supérieure est général. Mais il se manifeste sous des aspects nuancés, allant de la frénésie du type « sudiste » à l'hypocrisie paternaliste.
Le colonialisme français, maître tout-puissant de l'administration algérienne, de la police, du monopole de la presse, de la radio, s'est montré souvent capable d'exercer une pression psychologique pouvant cristalliser l'opinion publique autour d'une idée-force réactionnaire.
Le départ de Soustelle et la manifestation du 6 février ont été les preuves d'une grande habilité dans l'art de la provocation et du complot.
Le résultat fut la capitulation du chef du gouvernement français.
Pour atteindre son but, le colonialisme organisa la panique. Il accusa le gouvernement d'abandonner la minorité ethnique non-musulman à la « barbarie arabe », à la « guerre sainte », à un Saint-Barthélemy plus immonde.
Le slogan fabriqué par le maître chanteur Reygasse et diffusé par le bourreau Benquet-Crevaux, l'odieuse image « la valise ou le cercueil » semblent aujourd'hui anodins.
Les anciens partis nationalistes n'ont pas toujours accordé à cette question l'importance qu'elle mérite. Ne prêtant d'attention que pour l'opinion musulmane, ils ont négligé souvent de relever comme il convient des déclarations maladroites de certains charlatans ignorés, apportant en fait de l'eau au moulin de l'ennemi principal.
Actuellement, la contre-offensive est encore faible. La presse libérale de France ne put enrayer totalement le poison colonialiste. Les moyens d'_expression du FLN sont insuffisants.
Heureusement la Résistance Algérienne n'a pas fait de faute majeure pouvant justifier les calomnies de la presse colonialiste du service psychologique de l'armée colonialiste, convaincu de mensonges flagrants par les témoignages de journalistes français et étrangers.
Voilà pourquoi le bloc colonialiste et raciste, sans fissure le 6 février, commence à se désagréger. La panique a cédé la place peu à peu à un sentiment plus réaliste. La solution militaire devant rétablir le statu-quo est un mirage évident. La question dominante aujourd'hui, c'est le retour à une paix négociée : quelle est la place qui sera faite à ceux qui considèrent l'Algérie comme patrie toujours généreuse même après la disparition du règne de Borgeaud ?.
Des tendances diverses apparaissent.
1°) Le neutralisme est le courant le plus important. Il exprime le souhait de laisser les ultra-colonialistes défendre leurs privilèges menacés par les nationalistes « extrémistes ».
2°) Les partisans d'une solution « intermédiaire » : la négociation pour « une communauté algérienne à égale distance entre le colonialisme français et le rétrograde impérialiste arabe » par la création d'une double nationalité ;
3°) La tendance la plus audacieuse accepte l'indépendance de l'Algérie et la nationalité algérienne, à la condition de s'opposer à l'ingérence américaine, anglaise et égyptienne.
Cette analyse est sommaire. Elle n'a d'autre but que de souligner la différenciation qui s'opère dans le large éventuel de l'opinion publique européenne.
Ce serait donc une erreur impardonnable que de mettre dans le « même sac » tous les Algériens d'origine européenne ou juive.
Comme il serait impardonnable de nourrir l'illusion de pouvoir les gagner entièrement à la cause de la libération nationale.
L'objectif à atteindre, c'est l'isolement de l'ennemi colonialiste qui opprime le peuple algérien.
Le FLN doit donc s'efforcer d'accentuer l'évolution de ce phénomène psychologique en neutralisant une fraction importante de la population européenne.
La Révolution Algérienne n'a pas pour but de « jeter à la mer » les Algériens d'origine européenne, mais de détruire le joug colonial inhumain.
La Révolution Algérienne n'est pas une guerre civile, ni une guerre de religion.
La Révolution Algérienne veut conquérir l'indépendance nationale pour installer une république démocratique et sociale garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens d'une même patrie, sans discrimination.
 
B) La Minorité Juive
Ce principe fondamental, admis par la morale universelle, favorise la naissance dans l'opinion israélite d'un espoir dans le maintien d'une cohabitation pacifique millénaire.
D'abord, la minorité juive a été particulièrement sensible à la campagne de démoralisation du colonialisme. Des représentants de leur communauté ont proclamé au congrès mondial juif de Londres leur attachement à la citoyenneté française, les mettant au-dessus de leurs compatriotes musulmans.
Mais le déchaînement de la haine antisémite qui a suivi les manifestations colonialo-fascistes ont provoqué un trouble profond qui fait place à une saine réaction d'auto-défense.
Le premier réflexe fut de se préserver, du danger d'être pris entre deux feux. Il se manifeste par la condamnation des Juifs, membres du « 8 novembre » et du mouvement poujadiste, dont l'activité trop voyante pouvait engendrer le mécontentement vindicatif contre toute la communauté.
La correction inflexible de la Résistance Algérienne , réservant tous ses coups au colonialisme, apparut aux plus inquiets comme une qualité chevaleresque d'une noble colère des faibles contre les tyrans.
Des intellectuels, des étudiants, des commerçants prirent l'initiative de susciter un mouvement d'opinion pour se désolidariser des gros colons et des anti-juifs.
Ceux-là n'avaient pas la mémoire courte. Ils n'ont pas oublié l'infâme souvenir du régime de Vichy. Pendant quatre ans, 185 lois, décrets ou ordonnances les ont privés de leurs droits, chassés des administrations et des universités, spoliés de leurs immeubles et de leurs fonds de commerce, dépouillés de leurs bijoux.
Leurs coreligionnaires de France étaient frappés d'une amende collective d'un millard. Ils étaient traqués, arrêtés, internés au camp de Drancy et envoyés par wagons plombés en Pologne ou beaucoup périrent dans les fours crématoires.
Au lendemain de la libération de la France , la communauté juive algérienne retrouva rapidement ses droits et ses biens grâce à l'appui des élus musulmans, malgré l'hostilité de l'administration pétainiste.
Aura-t-elle la naïveté de croire que la victoire des ultra-colonialistes, qui sont précisément les mêmes qui l'ont persécuté, naguère, ne ramènera pas le même malheur ?
Les Algériens d'origine juive n'ont pas encore surmonté leur trouble de conscience, ni choisi de quel côté se diriger.
Espérons qu'ils suivront en grand nombre le chemin de ceux qui ont répondu à l'appel de la patrie généreuse, donné leur amitié à la Révolution en revendiquant déjà avec fierté, leur nationalité algérienne.
Cette option est basée sur l'expérience, le bon sens et la clairvoyance.
En dépit du silence du Grand Rabbin d'Alger, contrastant avec l'attitude réconfortante de l'Archevêque se dressant courageusement et publiquement contre le courant et condamnant l'injustice coloniale, l'immense majorité des Algériens s'est gardée de considérer la communauté juive, comme passée définitivement dans le champ ennemi.
Le FLN a étouffé dans l'œuf des provocations nombreuses préparées par les spécialistes du gouvernement général. En dehors du châtiment individuel infligé aux policiers et contre-terroristes responsables de crimes contre la population innocente, l'Algérie a été préservée de tout progrom. Le boycottage des commerçants juifs, devant suivre le boycottage des Mozabites a été enrayé même d'exploser.
Voilà pourquoi, le conflit arabo-israélien n'a pas eu, en Algérie, de répercussions graves, ce qui aurait comblé le vœu des ennemis du peuple algérien.
Sans puiser dans l'histoire de notre pays les preuves de tolérance religieuse, de collaboration dans les plus hauts postes de l'Etat, de cohabitation sincère, la Révolution Algérienne a montré par les actes, qu'elle mérite la confiance de la minorité juive pour lui garantir sa part de bonheur dans l'Algérie indépendante.
En effet, la disparition du régime colonial, qui s'est servi de la minorité juive comme tampon pour atténuer les chocs anti-impérialistes, ne signifie pas forcément sa paupérisation.
C'est une hypothèse absurde que de s'imaginer que« l'Algérie ne serait rien sans la France  ».
La prospérité économique des peuples affranchie est évidente.
Le revenu national, plus important, assurera à tous les Algériens une vie plus confortable.
Tenant compte de ce qui précède, le FLN recommande :
1°) Encourager et aider à la formation de comités et mouvements de libéraux algériens, même ceux ayant au départ des objectifs limités :
a) Comité d'action contre la guerre d'Algérie ;
b) Comité pour la négociation et la paix ;
c) Comité pour la nationalité algérienne ;
•  d)    Comité de soutien des victimes de la répression ;
•  e)    Comité d'études du problème algérien ;
•  f)      Comité pour la défense des libertés démocratiques ;
•  g)     Comité pour le désarmement des milices civiles ;
•  h)      Comité d'aide aux ouvriers agricoles(parrainage des syndicats, soutien des grèves, défense des enfants et des femmes exploités).
2°) Intensifier la propagande auprès des rappelés et des soldats du contingent :
•  a)       Envoi de livres, revues, journaux, tracts anti-colonialistes ;
•  b)       Comité d'accueil des permissionnaires ;
•  c)        Théâtre : pièces exaltant la lutte patriotique pour l'indépendance.
3°) Multiplier les comités de femmes de mobilisés pour exiger le rappel de leurs maris.
C) L'Action du FLN en France
1°) Développer l'appui de l'opinion libérale
L'analyse de l'éventail politique chez les libéraux en Algérie peut être valable pour saisir les nuances de l'opinion publique en France, sujette à des fluctuations rapides en raison de la sensibilité populaire.
Il est certain que le FLN attache une certaine importance à l'aide que peut apporter à la justice cause de la Résistance Algérienne la partie éclairée du peuple français, insuffisamment informé des horreurs indicibles perpétrées en son nom.
Nous apprécions la contribution des représentants du mouvement libéral français tendant à faire triompher la solution politique, pour éviter une effusion de sang inutile.
La Fédération FLN en France, dont la direction est aujourd'hui renforcée à Paris, a une tâche politique de premier plan pour annuler l'effet négatif de la pression réactionnaire et colonialiste.
1°) Contacts politiques avec les organisations, mouvements et comités contre la guerre coloniale.
•  -     Presse, meetings, manifestations et grèves contre le départ des soldats, la manutention et le transport du matériel de guerre.
2°) Soutien financier par la solidarité aux résistants et aux combattants pour la liberté.
 
2°) Organiser l'émigration algérienne
La population algérienne émigrée en France est un capital précieux en raison de son importance numérique, de son caractère jeune et combatif, de son potentiel politique.
La tâche du FLN est d'autant plus importante pour mobiliser la totalité de ces forces qu'elle nécessite, en même temps, la lutte à outrance contre les tentatives de survivance du messalisme.
1°) Eclairer l'opinion publique française et étrangère en donnant informations, articles de journaux et revues. Grouper à cet effet les militants expérimentés, les intellectuels et les étudiants.
2°) Dénoncer d'une façon infatigable et patiente la faillite du messalisme comme courant politique, sa compromission avec les milieux proches du gouvernement français ce qui explique l'orientation dirigée non contre le colonialisme, mais contre le FLN et l'ALN.
D) La Solidarité Nord-Africaine
L'intransigeance révolutionnaire du FLN, la poursuite farouche de la lutte armée par l'ALN, l'unanimité nationale du peuple algérien soudée par l'idéal d'indépendance nationale, ont mis en échec les plans colonialistes.
Les gouvernements tunisien et marocain ont en particulier(sous la pression des peuples frères), pris nettement position sur ce problème qui conditionne l'équilibre nord-africain.
Le FLN doit encourager :
1°) La coordination de l'action gouvernementale des deux pays du Maghreb, dans le but de faire pression sur le gouvernement français : action diplomatique ;
2°) L'unification de l'action politique par la création d'un comité de coordination des partis frères nationaux avec le FLN ;
•  a)          Création de comités populaires de soutien de la Résistance Algérienne  ;
•  b)         Intervention multiforme dans tous les secteurs ;
3°) La liaison permanente avec les Algériens résidant au Maroc et en Tunisie(action concrète auprès de l'opinion publique, de la presse et du gouvernement) ;
4°) La solidarité des Centrales Ouvrières U.G.T.T, U.M.T.,U.G.T.A.;
5°) L'entraide des trois unions estudiantines.
6°) La coordination de l'action des trois centrales économiques.
4°) L'Algérie devant le monde .
La diplomatie française a entrepris sur le plan international un travail interne pour obtenir partout o Ù c'est possible, ne serait-ce que très provisoirement, une aide morale et matérielle ou une neutralité bienveillante et passive. Les seuls résultats plus ou moins positifs sont les déclarations gênées, arrachées aux représentants des Etats–Unis, de l'Angleterre et de l'O.T.A.N.
Mais la presse mondiale, notamment la presse américaine, condamne impitoyablement les crimes de guerre, plus particulièrement la légion et les paras, le génocide des vieillards, des femmes, des enfants, le massacre des intellectuels et des civils innocents, la torture des emprisonnés politiques, la multiplication des camps de concentration, l'exécution d'otages.
Elle exige du colonialisme français, la reconnaissance solennelle du droit du peuple algérien à disposer librement de son sort.
La lutte gigantesque engagée par l'Armée de Libération Nationale, son invincibilité garantie par l'adhésion unanime de la nation algérienne à l'idéal de liberté, ont sorti le problème algérien du cadre français dans lequel l'impérialisme l'a tenu jusqu'alors prisonnier.
La conférence de Bandoeng et surtout la 10 ème session de l'O.N.U. ont en particulièrement le mérite historique de détruire la fiction juridique de « l'Algérie française ».
L'invasion et l'occupation d'un pays par une armée étrangère ne sauraient en aucun cas modifier la nationalité de ses habitants. Les Algériens n'ont jamais accepté la « francisation », d'autant plus que cette « étiquette » ne les a jamais empêchés d'être dans leur patrie moins libres et moins considérés que les étrangers.
La langue arabe, langue nationale de l'immense majorité, a été systématiquement étouffée. Son enseignement supérieur a disparu dès la conquête par la dispersion des maîtres et des élèves, la fermeture des universités, la destruction des bibliothèques, le vol des donations pieuses.
La religion islamique est bafouée, son personnel est domestiqué, choisi et payé par l'administration colonialiste.
L'impérialisme français a combattu le mouvement progressiste des Oulémas pour donner son appui total au maraboutisme, domestiqué par la corruption de certains chefs de confréries.
Combien apparaît dégradante le malhonnêteté des Bidault, Lacoste, Soustelle et du Cardinal Feltin lorsqu'ils tentent de tromper l'opinion publique française et étrangère en définissant la Résistance Algérienne comme un mouvement religieux fanatique au service du panislamisme.
La ligne de démarcation de la Révolution ne passe pas entre les communautés religieuses qui peuplent l'Algérie, mais entre d'une part, les partisans de la liberté, de la justice, de la dignité humaine et d'autre part, les colonialistes et leurs soutiens, quelle que soit leur religion ou leur condition sociale.
La meilleure des preuves n'est-elle pas le châtiment suprême infligé à des traîtres officiants du culte, dans l'enceinte même des mosquées.
Par contre, grâce à la maturité politique du peuple algérien et à la sage et lucide direction du Front de Libération Nationale, les provocations traditionnelles et renouvelées du colonialisme : pogroms, troubles anti-chrétiens, xénophobie, ont été déjouées et étouffées dans l'œuf.
La Révolution Algérienne , malgré les calomnies de la propagande colonialiste, est un combat patriotique, dont la base est incontestablement de caractère national, politique et social.
Elle n'est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni à Washington.
Elle s'inscrit dans le cours normal de l'évolution historique de l'humanité qui n'admet plus l'existence de nations captives.
Voilà pourquoi l'indépendance de l'Algérie martyre est devenue une affaire internationale et le problème-clé de l'Afrique du Nord.
De nouveau, l'affaire algérienne sera posée devant l'O.N.U. par les pays afro-asiatiques.
Si, lors de la dernière session de l'Assemblée Générale de l'O.N.U., on constata chez ces pays amis le souci tactique exagérément conciliateur, allant jusqu'à retirer de l'ordre du jour la discussion de l'affaire algérienne, il n'en est pas de même aujourd'hui car les promesses de la France n'ont nullement été tenues.
Ce manque de hardiesse était déterminé par l'attitude des pays arabes en général et de l'Egypte en particulier. Leur soutien à la lutte du peuple algérien demeurait limité ; il était assujetti aux fluctuations de leur diplomatie. La France exerçait une pression particulière sur lr Moyen-Orient en monnayant son aide économique et militaire et son opposition au Pacte de Bagdad. Elle avait notamment essayé de peser de toutes ses forces pour paralyser les armes psychologiques et morales dont le FLN dispose.
L'attitude des pays non arabes du bloc afro-asiatique était conditionnée, semble-t-il, par le souci d'une part de ne jamais dépasser celle des pays arabes, par le désir d'autre part de jouer un rôle déterminant dans des problèmes tels que ceux désarmement et de la coexistence pacifique.
Ainsi l'internationalisation du problème algérien dans sa phase actuelle a renforcé la prise de conscience universelle sur l'urgence du règlement d'un conflit armé pouvant affecter le bassin méditerranéen et l'Afrique, le Moyen-Orient et le monde entier. 
Comment Diriger Notre Activité internationale ?
Nos contacts avec les dirigeants des pays frères n'ont jamais été autre chose que des contacts d'alliés et non d'instruments.
Nous devons veiller d'une façon systématique à conserver intacte l'indépendance de la Révolution Algérienne. Il convient de réduire à néant la calomnie lancée par le gouvernement français, sa diplomatie, sa grande presse pour nous présenter, n'ayant pas de racines dans la Nation Algérienne captive.
1°) Provoquer chez les gouvernements du Congrès de Bandoeng, en plus de l'intervention à l'O.N.U., des pressions diplomatiques, voire économiques directes sur la France  ;
2°) Rechercher l'appui des peuples d'Europe, y compris les pays nordiques et les démocraties populaires ainsi que les pays d'Amérique Latine ;
3°) S'appuyer sur l'émigration arabe dans les pays de l'Amérique Latine.
Dans ce but, le FLN a renforcé la Délégation algérienne en mission à l'extérieur. Il devra avoir :
•  a)          Bureau permanent auprès de l'ONU et aux USA ;
•  b)          Délégation dans les pays d'Asie ;
•  c)          Délégations itinérantes pour la visite des capitales et la participation aux rassemblements mondiaux culturels, estudiantins, syndicaux, etc ;
•  d)            Propagande écrite crée par nos propres moyens ; bureau de presse, éditions de rapports, documents par la photo et le film.
      CONCLUSION
Il y a dix ans, au lendemain de la fin de la deuxième guerre mondiale, une formidable explosion a ébranlé l'impérialisme.
L'irrésistible mouvement de libération nationale, longtemps comprimé, secoua les peuples captifs. Une réaction en chaîne entraîna les pays colonisés, l'un après l'autre, dans la conquête d'un avenir flamboyant de liberté et de bonheur..
En cette courte période, dis huit nations sont sorties des ténèbres de l'esclavage colonial et ont pris place au soleil de l'indépendance nationale.
Les peuples de Syrie et du Liban, du Viet-Nam et du Fezzan ont brisé  les barreaux de leurs cellules et réussi à quitter l'immense prison du colonialisme français.
Les trois peuples du Maghreb ont manifesté à leur tour leur volonté et leur capacité de prendre leur place dans le concert des nations libres.
La révolution Algérienne du 1 er Novembre 1954 est sur la bonne voie.
La lutte sera encore difficile, âpre, cruelle.
Mais sous la ferme direction du FRONT DE LIBERATION NATIONALE, la victoire couronnera la longue lutte armée menée par le peuple algérien indompté.
La date humiliante du 5 juillet 1830 sera effacée avec la disparition de l'odieux régime colonial.
Le moment est proche où le peuple algérien recueillera les doux fruits de son douloureux sacrifice et de son courage sublime.
L'INDEPENDANCE DE LA PATRIE SUR LAQUELLE FLOTTERA SOUVERAINEMENT LE DRAPEAU NATIONAL ALGERIEN

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