La lettre de Hachemi Cherif

Publié le par Mds

Aux camarades, sympathisants, et amis du MDS,

C'est avec an sentiment très fort de camaraderie et de solidarité que
je m'adresse à vous en ce jour important pour la vie du Mouvement et
auquel je regrette profondément de ne pouvoir participer directement
Encore une fois mon état de santé ne me permet pas d'assister
(physiquement tout au moins) à une opportunité de rencontre cl de
débats dont vous savez tous le degré de passion que je mets. J'espère
de tout cœur qu'elle sera ma dernière absence.

Chers camarades et amis,

Nos travaux d'aujourd'hui constituent le dernier jalon dans la voie
de notre congrès qui se tiendra une année et demie après la tenue des
présidentielles du 8 Avril 2004, un temps de recul relativement
satisfaisant (reste à savoir qu'en est-il de la qualité de ce recul)
et si riche en événements et rebondissements pour permettre
d'élaborer une appréciation qui se rapproche le plus possible de la
réalité et la plus conforme à notre ligne stratégique qui a besoin
d'être actualisée et de plus en plus affinée. Mais, nous n'y
parviendrons que si nous nous élevons au niveau de nos
responsabilités, si nous nous débarrassons de unîtes sortes de
préjugés, de routine, ou d'automatismes susceptibles de nous conduire
à commettre des erreurs par répétition alors que l'évolution aussi
bien de la base matérielle que de la superstructure institutionnelle
connaît des modifications par la force ou « en douce», tout comme le
mode rapport entre l'Etat et la société. Y a-t-il mieux, plus
opportun qu'un congrès national pour mener une réflexion individuelle
et collective aussi intense que possible permettant d'apporter les
changements et les modulations nécessaires pour mettre le parti à
niveau ?
Un congres se tient pour formaliser la vie organique (au sens du
vivant) et historique du parti, faire le bilan, mettre en question,
réévaluer, et mettre à jour la ligne, la ou les tactiques, les
concepts, vérifier l'état de leur caractère, tirer les leçons et les
conséquences de l'expérience. Notre congrès sera l'occasion non
seulement de faire le bilan nécessaire d'un mandat, mais également de
soumettre à la réflexion et à l'analyse rétrospective l'ensemble de
notre ligne telle qu'elle s'est cristallisée depuis le congrès du
PAGS de décembre 90 au terme d'un débat d'une densité impressionnante.
Allons droit au but. En l'occurrence, doit-on reconduire
automatiquement le discours et la praxis de la ligne générale de
rupture avec l'islamisme (dans ses différentes composantes pour
autant qu'elles soient stables et donc analysables, du point de vue
de travail politique de fond en plaçant la question de la séparation
du politique et du religieux au pian institutionnel au centre de nos
préoccupations) et le système rentier bureaucratique (dans ses
différents segments sans doute en différenciation continue) dans les
mêmes formes, compte tenu de l'évolution des rapports de force sur le
long terme ? Quelle formulation peut rendre le mieux compte de la
nature du système actuel en tenant compte des évolutions qu'il a
connues : dictature bureaucratique et despotique imposant au pays une
voie unique et unilatérale l'imposant par les partis-Etat, la famille
dite révolutionnaire comme agent de légitimation, mais surtout la
posture permanente de l'armée qui constitue Taxe central et le centre
de gravité, rentier-conservateur-islamiste (la connotation islamiste,
ou islamisante (ne pas oublier qu'elle vient de loin et qu'elle a
imprégné le mouvement de libération nationale) du noyau du pouvoir
revêt-elle toujours la même pertinence et la même forme, n'est-elle
pas en déclin du fait de la défaite qui lui a été infligée par la
résistance des forces vives du pays - déclin historique ?). Y a-t-il
des modifications qui ont affecté la structure de la rente et quelles
sont-elles ? Enfin, ce pouvoir est-il toujours conservateur (et quel
contenu donner à ce conservatisme) au vu des dernières initiatives
qu'il a prises dont il faut mesurer le degré de pertinence, notamment
celles concernant l'enseignement islamique, le code de la famille, le
code de la nationalité, etc... dont on sait qu'elles lui ont été
imposées par l'évolution objective de la société et le contexte
international ? Cependant, il n'est pas évident, il n'est pas évident
qu'elles affectent la nature profonde du pouvoir qui continue par
mille et une voix de s'exprimer dans le discours et les autres
initiatives du pouvoir en direction des islamistes. On peut penser
aussi comme certains qu'il y a un retour à une vision populiste dont
le centre de gravité s'est déplacé du centre vers la droite. C'est
ainsi qu'on peut observer quelques avancées surprises paradoxales de
Bouteflika sur certaines questions importantes après les avoir
rudement contrariées, par exemple, sur tamazight, l'abandon des
dossiers du TPI et des disparus (escamotés et devenus sans valeur
d'usage, marchande et sans justification, surtout sans base
populaire), et plus récemment la position par rapport au terrorisme
telle que formulée la veille du cinquantième anniversaire du 1"
novembre. Mais, il reste que la question de l'amnistie et de la
réconciliation nationale peut servir encore de marche-pied à
l'islamisme. Et à ce propos, Bouteflika prétend vouloir
officiellement consacrer une fin supposée au conflit avec l'islamisme
par un acte solennel qui devrait clore ce qu'il appelle là tragédie
nationale... Pourtant il n'ignore pas qu'il ne s'agit pas en
l'occurrence de quelque guerre juste, mais d'une agression
caractérisée, délibérément barbare et sauvage contre le peuple
algérien et ses institutions. Un tel acte signifierait pas conséquent
une reconnaissance de la justesse et de la noblesse de la cause
islamiste. Cela veut-il dire autre chose qu'absoudre les crimes
contre l'humanité, faire assumer la même responsabilité aux crimes
contre l'humanité et aux sacrifices consentis pour les empêcher
(l'ANP, les démocrates et patriotes auraient-ils eu tort ainsi de
résister ? Auraient-ils dû laisser futé et laisser le peuple se faire
écraser par la machine du fascisme barbare des islamistes ?), ceux
qui ont détruit un patrimoine humain, matériel et spirituel
irremplaçable du pays. On ne peut mettre sur le même pied d'égalité
les criminels fascistes organisés et le peuple pacifique et les
démocrates qui n'ont fait que subir et résister. On ne peut dore ce
dossier par une telle logique, mais par la condamnation claire, sans
équivoque des crimes islamistes, et au lieu de tenter de les faire
concilier avec l'islam, plutôt affirmer sans ambages que ces forces,
ces organisations et les éléments qui les composent n'ont pas été
l'expression d'une religion mais son détournement et son dévoiement
Et la seule façon d'éviter le retour de ce phénomène c'est la
séparation du politique et du religieux dans tous les domaines et
l'abrogation de l'article 2 de la Constitution. Nous ne sommes pas
les seuls à avoir à gérer un tel débat. A ce propos, je ferai cet
emprunt à Habermas qui dans ses écrits politiques et se référant aux
débats actuels sur les responsabilités de la deuxième guerre mondiale
engagés 55 après écrivait « on ne peut à la fois entreprendre une
abstraction morale et insister sur le concret de l'Histoire. Celui
qui néanmoins persiste à vouloir porter le deuil du destin collectif
sans faire la distinction entre coupables et victimes a
nécessairement quelque chose derrière la tête ».
Autant dire que la clarification des concepts, en ait la vigilance
conceptuelle et leur capacité à réfléchir le réel, est d'autant plus
nécessaire qu'Us sont forgés pour couvrir une période variable allant
de la tendance lourde à la tendance conjoncturelle, mais aussi pour
préfigurer le futur, anticiper). C'est juste pour ouvrir l'appétit,
les autres vraies questions sont à mettre à jour et à élaborer, et un
grand travail a déjà été fait dans ce sens (voir différentes
contributions et évaluations) !

Quelques mois précieux sont déjà passés depuis la présidentielle du 8
avril 2004 • et des millions d'algériens partagent déjà un large
sentiment de gâchis, d'amertume, et pas seulement, ils tombent dans
la régression sous tous les rapports. En effet» perçoit-on un
quelconque signe de changement positif dans la direction de l'Etat et
ses rapports à la société ? Des engagements fermes, ne serait-ce que
des frémissements ? Que sont les 85% des voix de Bouteflika devenus ?
Contentons-nous de poser la question et observons que la ligne
présidentielle depuis sa première élection reste la même sur le fond
et plutôt s'aggrave avec les offres aux entêtées aux islamistes par
le moyen de l'amnistie et de la « réconciliation » et dont il faut
bien considérer qu'elles constituent le noyau dur et la pierre
angulaire de ses orientations, en dépit du discrédit total que porte
cette notion dans la société, tandis que la tendance anti-
démocratique, et disons-le de dictature bureaucratique, voire
despotique étend ses tentacules sur l'Etat et la société, avec
l'assèchement total de toute vie démocratique. Ce discours domine
tout le discours officiel et couvre de sa voix les préoccupation du
fond du pays : essor économique et social, démocratie, progrès, etc.
Mais, peut-on responsabiliser Bouteflika seul ou considérer que s'il
porte aujourd'hui le système, en en aggravant les traits négatifs,
c'est que lui-même a été porté et continue à être porté par un
système qui apparaît toujours verrouillé et impossible de changer de
l'intérieur en raison de l'implication de l'armée et des services de
sécurité de l'Etat qui pourtant ont joué un rôle décisif dans la
défaite du terrorisme islamiste. On a donc beau chercher les secrets
de « l'élection » de Bouteflika dans les positions, les pratiques,
les comportements, les manœuvres» louvoiements, tromperies et ruses,
reniements, les trahisons vraies ou fausses des uns et des autres
parmi les protagonistes, on n'y comprendra rien si on ne cherche pas
ce qui explique ces comportements dans la logique du système
politique algérien. La vraie question est celle du système dont toute
la société dépend et paradoxalement lui est redevable. C'est pourquoi
et pour autant, on peut se poser la question de savoir si Benflis qui
a été présenté comme son principal rival aux élections après avoir
été son principal collaborateur, celui dont il a dit contre Ouyahia
qu'il lui faisant tellement confiance qu'il pouvait s'absenter du
pays la conscience tranquille, aurait constitué un changement par
rapport à Bouteflika, et dans le même mouvement un jalon pour le
changement du système ? A partir de quoi, et à titre d'enseignement,
on peut même se poser la question de savoir si l'élection, plutôt
l'intronisation de Benflis, aurait changé quelque chose !? Même si
l'on se persuade que sa base socio politique est quelque peu
différente de celle de Bouteflika (classes d'âge, expériences, etc.).
Avançons par hypothèse que tout en étant lié de mille et une manières
& la même base rentière que Bouteflika et les autres candidats (et la
preuve est qu'ils ont gouverné ensemble), il représente (il semble en
tous cas représenter) les noyaux des secteurs de cette base rentière
de départ à la formation historiquement complexe et ambivalente - qui
considèrent et parviennent à la conclusion que le système joue
désormais contre leurs intérêts stratégiques et qu'il est
irrémédiablement condamné, qu'Us auraient donc plus intérêt à faire
entrer dans la vie les réformes qu'imposent d'un côté les besoins
nationaux et d'un autre côté le contexte international dont le
système de compétition ne tolère aucun écart. Mais; même si telle
était la volonté de Benflis, aurait-il pu conduire des réformes même
limitées jusqu'au bout (quand on connaît les tendances velléitaires
et contradictoires dans le personnel du système). On peut se
permettre d'en douter pour deux raisons, l'une liée à l'état des
forces sociopolitiques en présence et l'autre raison fondamentale
liée au fait que Bouteflika avec son discours ambivalent au niveau
synchronique comme au niveau diachronique maîtrise le surf sur les
évolutions nationales nécessaires et les évolutions internationales
obligées (y compris sur la question de la gestion de l'islamisme)...
avec le souci constant de s'assurer un troisième mandant.
Alors, tant que nous nous trouvons dans le même système, ce système
pourrait-il faire autrement que de lui choisir le maintien de
Bouteflika ou à défaut d'un double ? Trouverait-il mieux ? Une partie
du problème, c'est que Benflis n'est ni entièrement acquis au système
pour le mobiliser en sa faveur, ni entièrement hors du système pour
mobiliser la société contre lui. C'est que, d'un côté, il ne garantit
pas les intérêts et les alliances qui maintiennent le système, mais
de l'autre côté il ne présente pas de garanties mobilisatrices
sérieuses pour le changement. La lourde responsabilité des candidats
démissionnaires et la sous-estimation de la crise de fond ou du fond
de la crise, est dans le fait d'avoir accompagné Bouteflika dans son
élection, en sautant au dessus de la crise de fond qui frappe le pays
et qui est la crise du système.- Bouteflika en se réalisant ne Eut
que réaliser les intérêts du système et les intérêts de ses alliés
nationaux et internationaux.
En gros, l'ensemble des protagonistes ont négligé le caractère
objectif, donc pertinent et inexorable, du processus national et de
l'évolution internationale qui l'enserre, et le terrain et l'objet
sur lesquels se tient le jeu et se joue la partie, à savoir le
peuple. De tout cela résultent des rapports de forces croisés :
classe politique, classe dirigeante, la société, restés pour
l'essentiel les mêmes, c'est-à-dire, réciproquement inversés. Une
telle structure ne préfigure et ne porte dans son ventre aucune
possibilité de changement interne ou externe au système, fusse par
des élections et surtout pas par des élections, d'autant qu'elles
sont fraudées de bout en bout, tant que de nouvelles forces
objectives liées à l'essor des facteurs objectifs et notamment dans
l'économie et la structure de classe de la société n'ont pas émergé
au détriment de la rente et des bases sociales qui en profitent

On en revient au fond d'une de nos thèses qui postule que le système
actuel a largement épuisé tout son potentiel de progrès, et qu'il n'y
a pas de dépassement possible de la crise en dehors du dépassement du
système lui-même, Etat et classe politique (entretenue par le
système) compris.
Les équations et leurs réponses, sont aujourd'hui bien simples, et
assurément bien problématiques :
Les ressorts sont brisés, les maillons rompus entre la société, la
classe politique et l'Etat dans des rapports croisés. Plus loin, la
régression va jusqu'à frapper le cœur de la société, c'est-à-dire sa
mémoire collective et son sens collectif, les valeurs
civilisationnelles acquises de longue date. C'est ce qui explique les
problèmes de l'élaboration de l'Histoire, de sa diffusion et de son
enseignement. En fait, ce système n'a pas besoin d'Histoire ni de
conscience historique qui sont les bâtisseuses de la conscience
nationale.
Le complexe appareil d'Etat/Nation/Société est en perdition. Les
commandes de bord (d'abord y a-t-il un bord ?) ne répondent plus, et
plus grave il n'a pas de pilote pour suppléer aux défaillances du
tableau de bord virtuel qui commande la conduite des affaires du
pays, ou il n'y a de pilote que pour une politique unilatérale et les
règlements de comptes et il n'est même pas pilote à lui-même (ce qui
pourtant est l'idéal d'un Etat démocratique moderne).
Le pouvoir, prisonnier de la routine du système rentier (avec son «
j'y suis j'y reste ») ne cherche pas à dépasser positivement la
tension et l'état de crise, il les nie et les laisse s'aggraver
manifestement sur le terrain des réalités socio-économiques, et en
soubassement sur le plan politique. Il se satisfait et se réjouit
même peut être de la désertification de l'espace politique.
Pour illustrer :
* II faut un projet (ne parlons pas de ce projet de société trop
complexe à penser pour ce système). Or Bouteflika n'en ressent pas le
besoin. Pour lui (et son pouvoir et le système qui en est l'assise
institutionnelle), gouverner c'est seulement s'affirmer aux commandes
quant bien même il ne s'agit que de naviguer à vue,
* II faut unir, rassembler. Il désunit,
* II faut mobiliser, lui démobilise et désoriente,
* II faut composer avec des partenaires, lui ne fait que défier « tel
me le paiera ! ». Tout est bâti sur la ruse, la fraude, le mensonge,
l'hypocrisie, la duplicité du discours,
* Au moment où le pays a besoin de démocratie, il fait reculer ses
premiers acquis déjà si fragiles. Donc pas de souci de partage,
d'association...
L'Algérie a besoin d'unité, de cohésion nationale et sociale,
Bouteflika lui impose la division, Elle a besoin de clarté et de
cohésion politique, il impose l'opacité et la confusion, La crise est
éligible à des rebondissements, susceptibles d'éclater en tout temps
et de remettre en cause les équilibres précaires négociés pour faire
passer le 8 Novembre. L'approche de la future présidentielle va
exacerber les contradictions et les tensions, Bouteflika étant
susceptible de s'apprêter à faire le vide et doubler Ouyahia ou
d'autres candidats potentiels pour tripler son mandat. Tout dépendra
de la question de savoir si la ligne actuelle arrivera à stabiliser
ou non l'édifice d'ensemble dans le sens d'une véritable sortie de
crise.
Ces tensions nouvelles dans la continuité des anciennes vont affecter
tout le pouvoir, dans sa totalité comme système qui campe dans
l'autisme. Non seulement il ne voit pas et n'entend pas, il n'éprouve
aucune sensibilité. Et il est conforté par l'absence de contre-
pouvoirs qu'il a lui-même laminés, à l'intérieur du système d'Etat
comme à l'extérieur. En réalité, il n'en veut pas. Ses prétentions
pédagogiques le conduisent à justifier le blocage du processus
démocratique par le fait qu'il s'agirait d'un processus long et
complexe, etc. pour le rejeter aux calendes grecques). En réalité
c'est sa logique de pouvoir qui allonge ce processus et la preuve est
dans la régression démocratique de fond qui marque son pouvoir< ;
II impose un retour à la pensée unique. Il l'applique au peuple, et
même à ses partisans. De sorte qu'on peut affirmer que quand on parle
de pensée, on se fait excessifs. En réalité, il s'agit d'une pensée
fossilisée, au point de devenir une non-pensée, (pas dans le sens
d'impensé philosophique!). En réalité, ce système lui-même n'a pas
besoin de pensée. H ne pense pas, et donc ne se pense pas. Il est
illisible aux autres, illisible à lui-même ! Il ne se reconnaît dans
aucune structure cohérente, mais agit comme entité transcendante.
Partant de là, et puisqu'il inhibe ou même interdit la formation des
moyens et des instruments de sa réforme, il se trouve dans
l'impossibilité de se réformer. La rente est son axe central, le
fondement, l'assise qui le porte. Son hybridité lui permet de se
redéployer, de se légitimer, et de se re-légitimer en permanence.
En dépit des rentrées financières copieuses, ce système est incapable
de résoudre les problèmes majeurs actuels, à plus forte raison,
réaliser des accumulations. Son comportement n'obéit à aucune une
stratégie claire, cohérente, pouvant déboucher sur des accumulations.
Celles-ci ne sont possibles dans ce type de système ni par linéarité,
ni par bonds en avant (l'une et l'autre de ces deux logiques
supposant la production des forces du changement). La rente reste la
principale ligne de démarcation (ou de discrimination). Non pas qu'il
n'y en ait pas d'autres, secondaires, mais il est évident que la
principale se situe entre les bénéficiaires et les distributeurs de
la rente d'un côté, et ceux nombreux qui en sont exclus ou écrasés
par la rente, et qui pourtant peuvent participer à un niveau
subalterne, de l'autre.
C'est un système dont nombreux sont les citoyens qui profitent de ses
privilèges, mais dont souffrent des victimes en nombres plus
importants y compris parmi ceux du premier groupe que le système
empêche de se former comme classe moderne, indépendante (disons
plutôt en quête d'indépendance par rapport à la rente et à son
système), développée, dotée d'une conscience claire des intérêts
stratégiques et historiques de la Nation. Au total :
- Dépression continue (sans possibilités sérieuses de
rebondissement) de la situation économique, sociale et culturelle,
avec dévaluation des notions d'organisation, de rationalité,
d'économie, du travail et de valeur-travail, de service public,
d'honnêteté, des valeurs universelles, à l'avantage des comportements
négatifs et nocifs pour la société. L'enseignement : recul
démocratisation, recul de la qualité, recul du rapport renseignement.
Que deviennent les vraies constantes tant vantées et chantées comme
la promotion véritable de l'arabe comme langue de savoir ?
- Déstructuration de la société et des classes sociales
traditionnelles (classiques ?) héritées de la période coloniale et de
la période d'essor patriotique (elles se sont, si l'on peut dire,
hybridées, appauvries au plan socio-économique et culturel, sous le
seau de mouvement de mutation sociale), avec transformation
(bouleversement ?) du poids relatif de chaque classe et de sa
position dans l'ensemble social. Il est manifeste que le poids
objectif- et donc conséquemment subjectif- des classes et couches
progressistes a considérablement régressé et est devenu dominé au
profit du poids objectif et subjectif des forces réactionnaires qui a
considérablement augmenté et devient outrageusement dominateur. La
présence et l'influence des deux pôles socio-économiques et
politiques sur les différents centres de pouvoir et les institutions
ont suivi naturellement la même courbe d'évolution. Que reste-t-il de
la mémoire de presque un siècle de mouvement national ? De mouvement
ouvrier, syndical et communiste ? Et même du mouvement réformiste
structuré (laïc ou islamique ? Aujourd'hui, tout est pris dans un
mouvement brownien dont personne ne peut prédire l'avenir.
- Crise des élites, des organisations, des contenus et des
formes d'organisation de l'Etat et de la société (appareils d'Etat à
tous les niveaux, institutions, assemblées dites élues, partis,
pseudo partis ou de faux partis pour ne pas avoir à classer dans la
rubrique « partis » des appareils et des organisations montées de
toutes pièces par différents lobbies et clans du pouvoir), syndicats,
mouvements associatifs, etc.)
- Crise totale du système dit démocratique (élections
structurées et fraudées dont la société est résignée à accepter les
conditions et les conséquences, et qui cache une véritable crise de
représentation, seule pèse la loi de la force et du mieux placé dans
les appareils du système). Dans ce sens, les institutions dites
élues, la classe politique ne sont ni productrices de démocratie ni
des reproductrices. Elles sont, de par leurs caractéristiques
fondamentales, incapables de faire avancer le processus démocratique
et on peut même dire qu'elles sont des facteurs bloquants et
contrariants. De toutes les façons elles ne font ni œuvre de contre-
pouvoir ni de critique du pouvoir et du système. Elles lui servent
d'alibi. Elles en sont les auxiliaires obligés, piégés, et engrenés.
- Crise des formes de lutte et de pression sur le pouvoir, due
entre autres au déséquilibre terrifiant entre la réalité du mouvement
de masse et les appareils de répression,
- Les maillons de la continuité et de l'accumulation
historiques dans tous les domaines sont rompus et les ressorts sont
brisés avec un affaiblissement considérable du sentiment national et
patriotique que confirme l'exil massif des élites et des jeunes
conforté et aggravé par le terrorisme islamiste. Notre fonds de
mémoire historique est gravement atteint et dilapidé. Et les dégâts
sont irréparables.
- Crise morale, anomie, perte des valeurs positives. La
corruption matérielle et morale est largement entrée dans les mœurs.
Elle est devenue un mécanisme de régulation, un rapport social.

Telle est la situation d'ensemble que le pouvoir veut normaliser par
tous les moyens. Aussi, nous nous trouvons aujourd'hui devant deux
Algérie, ou d'une Algérie à deux vitesses : celle d'en haut,
officielle qui vit dans l'aisance matérielle et la volonté de
commandement, et celle d'en bas, bien réelle et souffrante ! Qui ne
s'écoutent pas, ne s'entendent pas ! L'impression que donne
l'évolution actuelle, c'est que dans ce qui est visible et
prévisible, l'Algérie va droit au mur, c'est-à-dire vers le chaos. Et
l'Etat actuel n'y pourra rien, n suffit d'examiner de près le paysage
socio-économique et les mouvements qui le traversent pour rendre la
conclusion que le rythme de déliquescence et de paupérisation et le
délabrement vont bien plus vite que les possibilités et les capacités
de l'Etat et de la société de rattraper ce décalage et de le
dépasser, à plus forte raison de l'inverser.
C'est cette normalisation et cet effet de constante qu'il faudrait
aux démocrates et patriotes combattre de toutes leurs forces et
refuser de laisser installer. Et par conséquent la critique de ce
pouvoir n'a de sens et son combat n'a d'efficacité que si la lutte
théorique, politique et sociale s'étend à la critique systématique et
systémique de tout le dispositif institutionnel, de tout le processus
qui l'a porté jusqu'ici et qui met en question l'Etat, tout l'Etat !
La seule solution consiste à changer le système en son socle de sorte
que l'Algérie reprenne le chemin de l'essor économique (on a envie de
dire n'importe quelle économie pourvu qu'il y en ait), de
l'accumulation et du progrès.

En ce qui nous concerne, il est toujours utile d'interroger notre
ligne sur sa justesse ou non et sur la justesse de toute notre
praxis. Non seulement il ne faut pas s'empêcher de le faire, mais il
faut considérer comme un devoir de le faire, de façon claire et
lucide. Du point de vue méthodologique, il faut avoir toujours en
mémoire vive l'ensemble des arguments qui ont fondé notre position.
Notre conception de la lutte politique et idéologique marque toute la
différence entre la démocratie réelle qui prend en compte toutes les
conditions objectives et subjectives de l'existence et de l'exercice
de la démocratie (niveau de développement, niveau de vie, véritable
Etat de droit) et la démocratie formelle qui se contente de ses
attributs extérieurs. Ceci étant, nous pouvons estimer avoir joué un
rôle sinon majeur, tout au moins significatif dans l'éclairage et la
conduite des luttes politiques. Notre ligne et notre combat ont
contribué à mettre l'intégrisme et son bras armé sur la défensive,
elle a considérablement gêné les manœuvres réconciliatrices.
Maintenant, il devient difficilement envisageable et prévisible de
voir revenir à une telle opportunité, dans les mêmes conditions.
Cette demande est devenue obsolète et dépassée, dans la forme qui est
la sienne tout au moins, cependant que le même objectif de fond reste
valide, plus que jamais nécessaire et possible, et possible parce que
nécessaire. Nous devons refuser d'être prisonniers des habitudes
traditionnelles et routinières de pensée. Mais, c'est sur la base de
progrès relatifs mais réels, ou réels mais cependant relatifs. Nous
avons, en quelque sorte, participé à la préparation de possibilités
d'une bifurcation positive. Ce qui ne signifie pas qu'elle arrivera
demain : tellement de retards ont été accumulés ! Mais, déjà, il y a
et il y aura encore forcément changement dans tes modalités - qui
impliqueront toujours les appareils compte tenu de leur poids
rapporté à celui de la société, mais davantage la société, non pas la
société vue comme masse inerte, mais comme corps dynamique.
Evidemment, ce changement se réalisera au terme d'une période plus ou
moins longue. Mais, une avancée décisive a été faite dans cette voie.
Et il faut mettre à profit cette avancée pour arracher à l'islamisme
(et disputer au système) toute possibilité de reprise de l'initiative
stratégique dans les nouvelles conditions où sa pression sur la
société algérienne a considérablement baissé chez l'islamisme et
semble paradoxalement se stabiliser chez le système.
Il serait utile de faire le bilan de l'islamisme, et demander des
comptes à ses partisans et ses soutiens. Quelle a été, et quelle est,
dans la vie et l'expérience réelles, son utilité publique, sociale,
politique, intellectuelle ? Il ne s'est manifesté qu'en tant que
force de freinage de la société et de l'Etat, du progrès, de la
culture et de la civilisation ?
L'islamisme a été acculé à la défensive par la pression dissuasive de
la société et de l'Etat (en dépit de son caractère hybride et en
cette raison-même. Ayant perdu substance au présent dans les
générations qui l'ont déjà pratiqué et expérimenté, il tente de se
projeter dans le futur en se rabattant violemment sur les enfants et
les jeunes qu'il embrigade et met sous sa pression en exploitant les
organisations d'encadrement de la jeunesse et de l'enfance (UGEL,
SMA, etc.) ou en en créant pour la circonstance. Cependant, peut-on
estimer que l'évolution de fond des partis islamistes confrontés à la
société marchante les conduit forcément dans un processus d'islam-
démocratisation à l'instar des processus de chrétienne-
démocratisation en Europe et en Amérique latine ?
Rien ne nous oblige à céder aux pressions et nous précipiter à nous
prononcer sur cette question, car son dénouement traverse un
processus contradictoire qui ne se laisse pas lire facilement à un
premier niveau. Ce processus est contrarié par le fait que les partis
islamistes ne sont pas prêts de s'accommoder de la séparation entre
le politique et le religieux, s'appuient sur l'internationalisation
de la mouvance islamiste y compris la plus radicale, en plus du fait
que les patriotes et autres démocrates ne les poussent pas à aller
dans ce sens, compte tenu de leurs propres retards de conscience.
Tous les éléments d'analyse liés au système rentier bureaucratique et
à son caractère démiurge, à son essence idéologique et
institutionnelle, à sa capacité de phagocyter le réel et l'espérance
de progrès, restent valides et pertinents. H avance masqué, il recule
masqué. Normal. Par nécessité. Il est en rupture de cohérence (les
contradictions internes continuent à s'exacerber). Il est en rupture
de stock de base (celle-ci s'est disloquée sus la pression des
évolutions nationales et internationales). Il est en rupture de stock
d'alliances (les choix -surtout ceux du pouvoir - sont tenus d'être
de plus en plus prudents et affinés. Au plan idéologique. Son
alliance triple ou quadruple prétendument formalisée si l'on y ajoute
l'UDR en pâtit En effet comment « souder » les prétentions anti-
intégristes de l'UDR (fussent-elles encouragées par le noyau du
pouvoir pour phagocyter le RCD et le MDS) et les prétentions
islamistes de Hamas ?
Au plan idéologique, la révision du code de la famille illustre la
volonté du pouvoir comme entité politique, idéologique,
institutionnelle, de faire certaines des concessions qu'imposé la
montée des aspirations démocratiques et des contraintes sociales,
tout en s'efforçant de tenir fermement l'initiative stratégique et de
la tenir liée au plan idéologique aux valeurs islamiques. Et on peut
ranger cette question dans la logique qui a régi la série des
décisions apparemment paradoxales qui ont conduit à la
constitutionnalisation de Tamazight, à la réintégration du français
dans renseignement et à la récente adhésion à la francophonie. Tout
cela donne l'impression que le caractère débridé de Bouteflika dont
on disait dès le début de son premier mandat (et c'était
politiquement juste de le dire) qu'il lui donnait la possibilité de
tendre la main aux islamistes, c'est ce même caractère débride qui
lui donne (le toupet), la force et la capacité d'initiative de
mesures de progrès, les batailles d'arrière garde et d'escarmouches
étant menées par les islamistes autour de la question de
l'importation des boissons alcoolisées, et encore pas tous puisque
Hamas, comme à ses habitudes, trouve les arguments les plus farfelus
pour abdiquer et justifier sa position.

Quand au diagnostic de l'état des démocrates il est difficile à
faire. Actuellement, c'est la léthargie qui règne, signe du choc du 8
avril et des carences en matière d'analyse des faits et des tendances
lourdes. Mais des rebondissements sont parfaitement possibles. En
réalité le terreau démocratique n'est pas asséché comme le prétendent
certains observateurs, Il est toujours là, disponible, peut être plus
que jamais mais ne rencontre pas encore ses " élites ". La phase
actuelle doit être à la cristallisation des conditions, des facteurs
et des forces de changement et notamment par l'essor des forces
productives. D'une part, le pays a besoin de s'acheminer vers des
Polarités radicales, sur une base de principes et de valeurs, et sur
une base de praxis et de pratique. D'un côté, c'est bel et bien en
dehors de la classe politique actuelle que peuvent s'ouvrir des
perspectives, car elle en est l'exact contraire. Mais, en même temps
elle reste présente, du fait que l'arbitrage de la société n'est pas
suffisamment pertinent, et n'oppose pas de sanction négative.

Avec Bouteflika, on assiste à une accélération de l'obsolescence de
toute la classe politique, islamisme compris, processus qui a
commencé bien avant, sous la direction de Zeroual (ne pas se laisser
tromper par ce qui flotte à la surface, le FLN, le RND ne sont rien
s'ils n'étaient portés à bout de bras par les appareils et les moyens
du pouvoir. Mais au total, contre sa volonté même, et en cherchant à
édulcorer les contradictions pour faire avancer son compromis,
Bouteflika a fini par contribuer à abîmer les partis liés au système
et l'intégrisme dans sa propre stratégie, y compris en lui promettant
des perspectives impossibles. Alors que le système reste encore
indemne.
L'analyse théorique, le bon sens, l'expérience pratique même,
confirment qu'il n'y a rien à faire de sérieusement positif avec
cette classe politique. Elle constitue plutôt un écran qui empêche la
cristallisation de nouvelles forces en partis politiques de type
nouveau. Elle contrarie et retarde les processus de décantation.
Alors quelle stratégie vis-à-vis d'elle ? Continuer à nous poser
comme sa négation et à la poser comme notre négation, avec au bout de
grandes inconnues ou bien la reconnaître au prix d'un gain nul ?

La question cruciale des instruments (élites politiques, sociales et
intellectuelles, institutions), est celle de savoir si l'Etat va
pouvoir et devoir (faute d'élites et d'une classe politique digne de
ce nom) se réformer spontanément, par la bande, par le jeu des
intérêts et des accumulations, par sa propre dynamique interne, sans
être éclairé et tracté par un projet cohérent, élaboré, mobilisateur,
ou ne se réformer que sous le poids des facteurs objectifs et
subjectifs du changement, ou encore des sollicitations et pressions
des nouvelles réalités mondiales !?
On peut dores et déjà compter avec les heurts d'intérêts à venir
entre les appétits de la néo-bourgeoisie libérale qui cherche à
s'émanciper de l'ordre ancien et ceux qui veulent maintenir cet ordre
avec ses privilèges et les intérêts des alliances internationales de
Bouteflika avec le capital américain et celui du Golfe. Mais aussi,
et fondamentalement entre tous ces intérêts et ceux de l'Algérie et
de ses couches populaires et de ses forces vives.

QUEL AVENIR POUR LE PAYS ?

Objectivement, et si les conditions ne changent pas
substantiellement, pour ne pas dire radicalement, le passage par le
chaos (à savoir par la rupture brutale des équilibres, le désordre et
l'anarchie, pas forcément dans des formes violentes, peut être une
nouvelle « orange ») deviendra inévitable, incontournable.
D'ailleurs, ne faudrait-il pas considérer que nous avons déjà atteint
un degré d'irréversibilité et de non-retour dans cette voie ? Il n'y
a qu'à se référer aux réalités et aux chiffres socioéconomiques, à
l'état des retards structurels en termes de facteurs objectifs et
subjectifs dans tous les domaines (infrastructures, équipements,
hydraulique, réseaux routiers et ferroviaires, enseignement à tous
les niveaux - en matière de structures de base et de qualité, les
retards de conscience et de civilisation, la rupture de la cohésion
et de la discipline sociale, etc.,), tous ces phénomènes étant
éligible à l'aggravation. La société est ainsi placée devant un choix
cornélien : se laisser « normaliser » par le système, dompter, mater
par gourou actuel, en Bouteflika, accepter le triste sort qu'il fait
au pays, rejoindre la horde (sans péjoration aucune, juste pour
signaler des communautés non organisées) des pays arabe-musulmans qui
sortent de l'Histoire, ou résister par toutes les voies qu'offre la
vie. Le MDS pour sa part, ne cherche pas, ne travaille pas, et ne
souhaite pas une exacerbation, y compris au motif que l'aggravation
des contradictions entraînera inévitablement un niveau plus élevé
d'opposition, de résistance et de mouvement social et démocratique.
C'est moins évident qu'il n'en paraît. C'est Brecht qui disait « les
victimes d'un séisme se rendent-elle compte de ce qui leur arrive et
peuvent-elle réagir en conséquence ? » Et le peuple n'en souffrira
que davantage, de surcroît sans la garantie d'une issue positive
satisfaisante. Si dans ce cas, toutes les voies de la résistance
démocratique et pacifique sont obstruées, le passage par le chaos
(c'est à dire, à la rupture brutale d'équilibres ou au marquage
brutal d'équilibres déjà largement rompus) comme c'est le cas
actuellement, l'Algérie risque d'aller vers le divorce total et
absolu Etat/société, vers un chaos indescriptible. Ce n'est pas une
telle évolution que nous voulons ou que nous recherchons pour notre
pays. Nous ne tomberons pas dans une telle tentation avec le vain
espoir d'en tirer quelque dividende. C'est, au contraire, ce que nous
cherchons à éviter. Et nous voulons alerter contre sa survenue avant
qu'il ne soit trop tard, et s'il n'est pas encore trop tard. Pour
dépasser la crise, construire les instruments politiques, sociaux,
institutionnels de défense des intérêts matériels et moraux du peuple
algérien et du changement dans la voie du progrès.
Il appert, si l'on peut tirer une conclusion théorique historiale de
la phase en cours, que Bouteflika conduit, consciemment ou
inconsciemment, la phase négative de reconstruction équivalent au
pôle négatif (ou plutôt de recomposition ?) et nécessaire au pôle
positif, du paysage d'ensemble, politique, culturel, idéologique,
institutionnel, c'est celle de la destruction même s'il peut s'agir
dans sa conscience d'essais de reconstruction (on ne peut pas lui
prêter que de mauvaises intentions) opacifiées par les différents
mouvements contradictoires Etat/Société, Etat/Etat, Société/société,
souvent dans des lignes transversales. Il se heurtera, il se heurte
déjà dans les formes multiples à une résistance passive, à des
oppositions elles-mêmes déstabilisées et déstructurées, certes, y
compris progressivement dans ses propres rangs qui vont être touchés,
et une nouvelle phase succédera à la sienne et qui pourrait être
celle de la rupture qui, elle aussi traverse deux moments.
Mais, on n'avancera dans la bonne direction que si on voit bien que
sous quelque angle que l'on analyse la situation dans le pays, c'est
la question capitale de la reconstruction, ou plutôt de la
construction de l'Etat qui est vitalement posée, faute de quoi les
hypothèses et projections prospectives et perspectives sur
l'organisation de la société, sur la démocratie, la justice, la
liberté, l'essor général, le contrat social (consacré chez
nous ......), l'harmonie, ne seront que fantaisies. Ce qui ne veut
pas dire qu'il n'y a pas d'Etat, ou que cet Etat a failli sur toute
la ligne. C'est bien ce même Etat qui a résisté contre le terrorisme
islamiste (aussi parce qu'il le connaît bien) et en cela il a, en
dépit de nombreuses faiblesses accompli une mission historique
majeure. Mais il a failli dans sa reconstruction et sa ligne
stratégique en sous-estimant la valeur de la modernité politique,
civilisationnelle et culturelle.

Et il devra bien s'agir d'un Etat qui se ait et se forge avec les
logiques, les espaces, les instruments, les visions du XXIème siècle,
celui des grands ensembles et échanges, disons des interactions, de
la mondialisation bien comprise dont tous devons profiter. Il va sans
dire que nous ne pouvons prétendre à rien si nous ne mettons pas
l'essor socio-économique au centre des préoccupations, avec le souci
bien compris qu'il n'y aura pas d'essor économique stricto sensu qui
ne s'appuie pas sur un essor social authentique, des bénéfices
partagés qui insuffleront une dynamique et une énergie nouvelle pour
soulever le pays. Par conséquent, il ne peut y avoir d'économie
neutre, et à plus forte raison d'économie libérale ou néo-libérale
capable de libérer notre pays et de le faire progresser. Le progrès
social (pouvoir d'achat, conditions de vie et de travail, besoins
sociaux, démocratie, etc...) n'est pas qu'un point idéologique
abstrait, il ne s'y réduit pas, mais se trouve au coeur de la
dynamique générale d'évolution, en même temps qu'une condition
majeure de sa réalisation.

A ce point de l'analyse, il faut prendre la mesure de la lourde
responsabilité des démocrates et des patriotes au sens large, pour ne
pas faire illusion sur la pseudo classe politique démocratique. Quant
à cette dernière, les erreurs à répétition qu'elle a accumulées
depuis le début des années 1990, les opportunités gâchées la rendent
responsables en grande partie du drame épouvantable que continue à
vivre notre peuple sans espoir de s'en sortir encore. Il reste à
savoir qu'elle est - ou quelles sont - les sources de ces erreurs :
faiblesses théoriques et politiques, intérêts de classe ou les deux ?
Le MDS s'est distingué radicalement de cette classe politique, sur
l'essentiel, malgré et avec une élaboration du côté du parti et une
lecture du côté de l'opinion rendue difficile par la contradiction
insoluble entre la nécessité d'alliances couvrant différents espaces
et la difficulté même de les mettre en œuvre en raison d'approches
politiques et empiriques différentes, mais sans doute aussi des
raisons subjectives de carrière. Il a constitué un lieu de résistance
privilégié contre le terrorisme, sa matrice idéologique qu'est
l'islamisme, et la critique fondamentale du système politique
algérien, de son Etat et de son pouvoir. Il a même décelé les
prémisses de changements possibles dans l'évolution de la situation
nationale et internationale. Il a aussitôt posé publiquement les
considérations, les attendus, les éléments et les jalons d'une
bifurcation de l'évolution presque dans les termes dans lesquels elle
se pose actuellement
Intégrer dès maintenant nos thèses critiques et prépositionnelles sur
les questions liées à la stratégie d'édification, aux problèmes socio-
économiques (avec leurs implications internationales), à la paix, aux
droits de l'homme, aux libertés, à l'égalité et à la justice, aux
questions de la mondialisation, du monde arabe et musulman et du
grand Maghreb, à l'amnistie et à la réconciliation nationale. Soutenu-
la controverse tout en restant ouverts.
Désormais, nous devons concevoir la démocratie non comme un préalable
abstrait, comme une utopie ou un idéal, mais comme âne conquête, dans
le même temps qu'un moyen de conquête du pouvoir.
Concrètement :
Cristalliser, rendre visible, palpable, le projet de société
séduisant, captant et captivant par sa cohérence et son ouverture
d'esprit et de spectre d'intérêts,
Etre présents de façon agissante dans tous les débats politiques et
intellectuels et dans toutes les luttes économiques et sociales à
tous les niveaux et touchant divers domaines et milieux socio-
profressionnels,
Elaborer une philosophie et une pratique d'alliances à divers niveaux
de proximité et/ou tout simplement d'actions unitaires qui tient
compte de la diversité d'intérêts et de conceptions reposant sur un
certain équilibre et une certaine synergie, sans exiger des
proximités politiques et idéologiques.
Travailler à changer les rapports de forces au sein des «
institutions » dites élues, et en conséquence dans les appareils,
dans le même mouvement Cela passe par une mobilisation de type
nouveau de la société. Il faut nous préparer à participer aux futures
élections avec comme philosophie la poursuite de la conquête
difficile de la société et un début d'investissement des institutions
de la république, en réfléchissant et en élaborant les objectifs
globaux, partiels et intermédiaires - mettre discrètement en place
des commissions électorales à tous les niveaux, préparer des
candidats et des listes et affirmer solennellement dans quelles
conditions et avec quel programme, quels critères et objectifs, le
MDS assume leur investiture, etc
Travailler dès maintenant sur la stratégie électorale et sur
rétablissement de listes électorales avec des personnalités
saillantes répondant aux critères d'adhésion à notre programme
électoral, aux conditions de moralité et pouvant servir de repères.
La participation aux élections, au-delà des luttes pour le pouvoir,
n'a ni de sens, ni d'efficacité, ni de pérennité que si les élus font
leur travail pour la société et avec la société, leur présence dans
les chambres d'élus n'étant que la partie politico-institutionnelle
de leur responsabilité. Ce ne sera pas le peuple au service des
institutions, mais les institutions au service du peuple.

Mais, à partir du moment où depuis 1990 nous avons fondé la thèse
suivant laquelle le parti est un rapport social, et que donc son
identité n'est pas immuable, peut-être bien la question devient-elle
plus profonde aujourd'hui que la situation dans le pays, éclairée par
ce qui se passe dans le monde, implique des adaptations, des
ajustements, des changements majeurs, le pays étant situé en pleine
bifurcation ? Alors, adaptation à droite pour coller au réalisme,
s'en remettre à ce qui est présenté comme l'évidence, ou réaffirmer
notre vocation progressiste de gauche moderne capable de trouver le
compromis le plus positif entre les intérêts des travailleurs, des
cadres, des masses populaires et ce qu'on peut en tirer de ce réel et
du rapport de forces qu'il impose (et précisément pour défendre ces
intérêts ?). Les restructurations de la gauche en cours dans le monde
devraient nous encourager à mener ces débats avec lucidité.
Nous avons été éduqués à des critères définis comme les meilleurs et
les plus indispensables pour cimenter un parti progressiste et le
pérenniser. Naturellement, ces critères ont largement changé,
changent. La preuve est que les critères anciens ont sauté, est que
les sociétés actuelles ne produisent plus le même type de militant
que celui connu dans les dizaines et centaine d'années précédentes
avec la montée de l'industrie et du prolétariat qui en accompagnât
l'essor. D'où l'extrême difficulté d'avoir à disposition aujourd'hui
une base socio-économique cohérente dans ses intérêts, ses besoins et
aspirations, capable.
D'où les difficultés qu'éprouvent les partis à se donner une base
superstructurelle, idéologique, théorique, méthodologique minimale.
Chez nous, nous avons à faire à une masse informe qu'ont ne peut
encore qualifier de société au sens moderne. A quoi s'ajoutent les
chocs vécus ces vingt dernières années au niveau mondial, avec
l'écroulement du socialisme réel, la chute du mur de Berlin, le recul
des grands partis communistes des pays capitalistes développés, des
avant-gardes du tiers monde, etc... Sur la base du triomphe arrogant
dans une dynamique de rouleau compresseur du néo-libéralisme a
ébranlé les convictions progressistes et rendu autrement plus
difficile de forger de nouvelles perspectives. Un vent de désespoir
et de résignation souffle sur une base sociale universelle que les
contradictions & jeux des politiques politiciennes des verts et des
altermondialistes achèvent de désorienter et de désabuser. Cas
particulier du parti communiste irakien ? Ou bien faut-il attendre
que l'expérience en soit achevée.

Publié dans L'info de Tamezgha

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