Le projet toujours bloqué !

Publié le par Aurés

Ouverture d’un département de la langue amazighe à Batna
Le projet toujours bloqué
 

Le département de la langue berbère tarde à voir le
jour dans les Aurès. Les nombreuses tentatives et
autres démarches entreprises depuis maintenant une
décennie pour faire aboutir ce projet sont restées
vaines. L’idée d’un département pour la langue berbère
dans les Aurès remonte en effet à 1995, date de la
création du Haut Commissariat à l’amazighité. Cette
jeune institution l’avait d’ailleurs inscrite, dès son
installation, dans son programme d’action. Mais quand
bien même les prérogatives exécutoires dont jouissait
le HCA force est de constater que l’on n’a pas pu
mener à terme ce projet.
Les pesanteurs étaient, dit-on, tellement fortes que
l’on a fini par différer l’ouverture de ce
département. Selon un ex-membre du HCA, l’absence d’un
statut juridique de l’amazighité à l’époque a donné
lieu à des réticences, voire à des attitudes négatives
à l’encontre de la promotion de cette composante
importante de l’identité algérienne.
L’évolution positive, depuis quelques années, de
tamazight avec notamment sa consécration comme langue
nationale dans la Constitution le 8 avril 2002, a
ouvert de nouveaux horizons et redonné de l’espoir
quant à l’ouverture de ce département. Le projet fut
ainsi relancé en 2004 et une commission fut mise sur
pied à l’université Lhadj-Lakhdar de Batna pour
accélérer l’ouverture de ce département. Plusieurs
réunions ont eu lieu à cet effet pour peaufiner cette
“fiche d’habilitation” nécessaire à ce genre de
projet.
Tout a été mis en œuvre, selon un membre de cette
commission, pour concrétiser cette fois-ci le projet.
ہ telle enseigne que les encadreurs ont été même
“sommés” de signer un engagement écrit pour assurer
les cours dans ce département après son ouverture. Le
dossier ainsi ficelé eut, sans peine, l’aval du
conseil scientifique de l’université mais pas celui du
ministère, au grand étonnement des membres de la
commission.
Le refus de la tutelle est pour le moins
incompréhensible, et chacun y va aujourd’hui de son
propre avis pour expliquer ce blocage. “Les Aurès,
disent certains, est la chasse gardée du pouvoir et
rien ne se fera dans cette région, tant qu’il n’y a
pas une volonté sincère de réconcilier l’Algérie avec
son histoire millénaire.”“Notre région, estiment
d’autres, doit être mise à l’écart des recherches qui
se font dans le domaine berbère. Elle ne doit servir
que d’un faire-valoir au service d’une certaine
politique.”Des démarches similaires ont été,
récemment, entreprises par le centre universitaire de
Khenchela pour faire aboutir ce projet, mais sans
aucune suite. Le blocage de ce projet est, dit-on,
motivé par des considérations politiques, puisque des
départements de “moindre intérêt” ont vu le jour
dernièrement dans les deux universités comme ceux de
l'interprétariat, de l'anthropologie culturelle, de
l'éducation physique…, alors que celui de tamazight
est toujours à la traîne. Aujourd’hui, en l’absence
d’un département, l’on voit mal comment l’ةtat
pourrait réhabiliter et promouvoir cette langue. Un
espace universitaire dans la région est d’autant plus
nécessaire qu’il contribuerait à apporter des réponses
aux nombreuses questions relevant de la linguistique,
de la sociolinguistique, de la pédagogie et même de
l’encadrement.
D’ailleurs, l’enseignement de tamazight dans la région
en pâtit terriblement aujourd’hui. Il connaît chaque
année un recul sensible faute, justement,
d’enseignants.

Salim Guettouchi
liberté 03/04/2006

Publié dans L'info des Aurès

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