comment les islamistes ont pris pied sur une terre hostile

Publié le par Aurés

Reportage : comment les islamistes ont pris pied sur une terre hostile

« Pour l’affrontement final, le pouvoir et les intégristes ont choisi un territoire neutre ! » ironise un militant autonomiste. Depuis des semaines, le GSPC, rallié à Al-Qaida depuis septembre 2006, multiplie les attentats en Kabylie. L’attaque, le 14 juillet, d’une caserne de gendarmerie à Yakouren, un village touristique de montagne, a déclenché une violente riposte des forces de sécurité. « Vers 23 heures, des ombres sorties de la forêt voisine ont commencé à s’approcher, sans bruit, de la gendarmerie. Ils étaient environ une centaine », raconte Djaffar, qui a suivi l’opération derrière les persiennes de sa maison. Une demi-heure plus tard, une forte explosion secoue la localité, suivie d’un interminable crépitement d’armes automatiques.
Dans l’immeuble HLM qui surplombe la brigade, un groupe armé a pris position au 2e étage, après avoir enfermé les locataires dans des placards. Les gendarmes, encerclés, sont pris dans un déluge de feu ; ils ripostent par des tirs de Kalachnikov et de fusil-mitrailleur.
Aux quatre coins du village, d’autres terroristes tirent en l’air pour donner l’illusion du nombre. Un ivrogne retardataire presse le pas, pour se mettre à l’abri. Il est intercepté par l’un des assaillants qui le rassure : « Tu vois, nous n’avons rien contre les civils, même les mécréants comme toi ! Rentre chez toi dans la paix de Dieu... »
Rapidement, deux hélicoptères militaires survolent les lieux, obligeant les partisans de Ben Laden, scindés en plusieurs groupes, à se replier vers le maquis. Des soldats de l’armée régulière, dont le campement est situé à moins de 10 kilomètres, les prennent à revers. L’accrochage dure plusieurs heures.
Dans la journée qui a précédé l’attaque, des indices auraient pu attirer l’attention. Les commerçants ont vendu d’importantes quantités de boîtes de conserve, de fromage et de pain. Des étrangers dégageant une forte odeur de fauves ont pris d’assaut les douches publiques. « C’était vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire. Yakouren est une zone touristique et un lieu de passage vers les villes de l’Est. La présence d’étrangers n’avait donc rien d’insolite », relativise un notable.

Fous d’Allah et Kabyles liés par la haine du pouvoir ?
Le lendemain matin, les corps de quatre terroristes sont exposés sur la place du village. Dans la dense forêt de l’Akfadou, commence alors la plus grande opération militaire depuis la guerre d’indépendance. Troupes au sol, artillerie et hélicoptères peinent, depuis dix jours, à venir à bout des fugitifs.
Parmi eux, il y aurait Abdelqahar, 20 ans, « disparu » en octobre dernier. Son père, Ali Belhadj, le célèbre numéro 2 du Fis, avait alors accusé les services de sécurité de l’avoir enlevé. En juin, l’apprenti maquisard posait sur une vidéo d’Al Qaïda diffusée par Al-Djazeera, la chaîne de télévision qatarie.
La survie de ces groupes radicaux dans une région hostile, dont ils ne comprennent même pas la langue, reste une énigme. Selon des sources crédibles, il y aurait un pacte tacite entre les fous de Dieu qui évitent de s’attaquer aux civils et la population kabyle qui partage la même haine du pouvoir. Notamment depuis la répression sanglante du printemps 2001 qui avait fait 124 morts et des centaines de blessés parmi de jeunes manifestants.
En Kabylie comme à Alger, où les menaces d’Al-Qaida annonçant de nouveaux attentats sont prises au sérieux, la sécurité a été renforcée. Dans un climat délétère de recomposition au sommet de l’État, la « réconciliation nationale » qui, en septembre 2004, avait amnistié des milliers d’islamistes armés, bat de l’aile. Le 5 juillet dernier, le président Bouteflika reconnaissait les limites de sa politique en demandant à l’armée de mener « une lutte implacable contre le terrorisme ».

Arezki AÏT-LARBI.

Publié dans Ouest-France du 26 juillet 2007

Publié dans L'info de Tamezgha

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