le militant amazigh Ali Khadaoui

Publié le par Aurés

Maroc : entrentien avec le militant amazigh Ali Khadaoui 

 La culture... ce qui a fait de l'homme autre chose qu'un accident de l'univers. André Malraux 

Ali Khadaoui n’est plus à présenter. A titre de rappel, iI a été parmi les sept mousquetaires qui ont claqué, fièrement, la porte de l’IRCAM pour protester contre toutes les entraves mises délibérément par le régime marocain contre une promotion réelle de l’amazighité. En militant infatigable, il a été parmi les personnes qui ont participé à l’élaboration d’Option amazighe, une plate-forme qui veut relancer de plus belle le débat sur l’amazighité. Nous l’avons contacté pour nous en parler !

Vous êtes membre d’un groupe de militants amazighs qui a lancé dernièrement une plate-forme appelée : option amazighe ? Pouvez-vous nous dire qui sont ces personnes ?

Les personnes qui ont lancé "Option amazighe" sont les sept démissionnaires de l’IRCAM auxquels se sont adjoints d’autres militants qui partagent avec eux les mêmes convictions et la même analyse de la situation de l’amazighité. Elles sont : Abdelmalek Oussadden , Mohamed Boudhan, Mohamed Ajaâjaâ, Ali Bougrine , Hassan Benkahia, Youssef Aâggouri, Brahim Fouguig, Mohamed Oudadess, Mohamed Kabiri, Mohamed Mounib et moi-même. Cette plate-forme est le fruit de travaux qui se sont étalés sur deux ans, pratiquement depuis notre départ de l’IRCAM.

Pour quelle raison lancez-vous une plate-forme et pourquoi maintenant ?

Pour essayer de combler ce que nous estimons être un vide conceptuel, référentiel (ou idéologique si vous préférez) d’une part ; clarifier un certain nombre de points restés ambigus jusqu’ici afin que la question amazighe se pose comme il se doit : dans la clarté historique, linguistique et anthropologique, mais aussi politique, économique et social, ce qui constitue en soi une rupture épistémologique dont le Mouvement Amazighe avait et a énormément besoin.

Le moment a été choisi par hasard en quelque sorte. En effet, lorsque nous avons commencé les réunions en vue d’élaborer cette plate-forme, nous nous sommes fixés quelques mois, une année au maximum. Parce que nous avons voulu approfondir toutes les questions posées, nous n’avons pas pu respecter notre calendrier. Nous avons donc dû reporter le lancement de cette plate-forme à plusieurs reprises.

Le document est très bien écrit, il montre clairement et franchement les maux dont souffre l’amazigh et l’amazighité, mais il ne propose aucune solution ? Est-ce que c’est voulu ?

Oui, nous n’avons pas voulu mettre la charrue avant les bœufs : Une fois Imazighen d’accord sur le diagnostic, la solution viendra elle-même : elle devra faire l’objet d’un dialogue démocratique qui dégagera une solution concertée, capable de fédérer le maximum possible de marocains.

Nous estimons que nous avons comblé un vide conceptuel. Mais surtout que nous avons fait un effort collectif de réflexion autour des points suivants : la conception, la stratégie, la tactique. Mais si nous ne proposons pas de solution par souci démocratique, nous la suggérons indirectement par le ricochet de l’analyse elle-même.

La plate-forme est donc un point de départ pour une réflexion plus saine sur l’amazighité...

Oui. « Option Amazighe » est une plate-forme soumise à toutes les composantes du Mouvement Amazighe aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de Tamazgha, afin que chacun et chacune donne son point de vue, face des propositions, suggère ce qu’il convient de faire afin qu’ Imazighen recouvrent leurs droits légitimes dans un pays où démocratie, citoyenneté, droits de l’homme et identité ne soient pas de vains mots, mais une réalité vécue quotidiennement. Ce n’est qu’à cette condition que tout Amazigh conscient de l’être puisse jouir du droit, du confort de dire " je suis".

Azetta amazigh a aussi émis dernièrement un mémorandum, la profusion de documents revendicatifs provenant des organisations et des militants amazighs est-elle réellement positive ? Car malheureusement la situation de l’amazighité est toujours la même si elle ne se dégrade pas.

Notre plate-forme n’est pas un document revendicatif, mais une autopsie de la "question amazighe". La comparaison avec Azetta -que nous respectons-n’a pas lieu d’être. Effectivement, faute d’un diagnostic sérieux, audacieux et surtout bâti sur des faits historiques et non sur des à priori, l’amazighité risque de sombrer dans l’incompréhension et la manipulation. Nous estimons avoir introduit une clarification idéologique sans laquelle Imazighen risquaient de continuer à passer à côté du problème. Nous estimons que la vraie question ne réside pas dans le fait de ne pas proposer une solution, mais dans le fait de poser les vraies questions à partir d’un diagnostic sans concession.

Vous avez dit que la plate-forme est ouverte à tout le monde, allez-vous donc organiser des tournées au Maroc ou allez-vous vous contenter de recevoir les suggestions et les idées des Amazighs ?

Nous allons organiser des tournées pour que le débat s’installe. Mais nous accepterons volontiers toutes les remarques et suggestions des amazighs où qu’ils se trouvent. Nous estimons qu’il est de notre devoir d’imposer l’amazighité au moins au niveau des idées, ce qui demande l’adhésion de tous imazighen conscients des dangers qui planent sur l’avenir de l’amazighité.

Ces derniers temps les universités marocaines ont connu des violences, parfois extrêmes, entre les militants du mouvement amazigh et des éléments connus pour leur haine viscérale de tout ce qui est amazigh, qu’est-ce que vous pensez de cette situation ?

Ce qui se passe en ce moment dans les universités marocaines est le reflet du pourrissement que connaît la question amazighe dans ce pays. Les tenants du pouvoir sont responsables de la situation actuelle et à venir car ils n’ont jamais pris au sérieux les revendications des Imazighens, ils ne ressentent pas leurs souffrances multiples, ils ne respectent pas leurs aspirations légitimes : demeurer eux-mêmes comme ils l’ont toujours été depuis des millénaires, et jouir des mêmes droits que tous les autres marocains.

Cette responsabilité est d’autant plus grave que des indices sérieux pointent du doigt les services de sécurité qui manipuleraient la mouvance "Al barnamaj Al marhali", mouvance connue pour faire de "la violence révolutionnaire", son cheval de bataille idéologique. Cette mouvance est aussi connue pour défendre les thèses des séparatistes du Polisario.

Il est maintenant établi que cette mouvance a chaque fois provoqué les étudiants du Mouvement Culturel Amazigh (MCA), bien connus pour leur pacifisme, leur civisme et leur rejet de la violence. Les étudiants du MCA n’ont fait que se défendre, car ils ont toujours refusé la violence par respect des droits de chacun à s’exprimer, mais aussi parce que les valeurs amazighes pour lesquelles ils se battent interdisent l’usage de la violence et rejoignent par là les valeurs universelles pour faire de l’amazighité une civilisation terriblement moderne.

En fait, ce qui se passe au Maroc, c’est le combat entre une conception démocratique de la vie sociale prônée par le Mouvement Amazigh, et une conception dictatoriale pratiquée par les tenants de l’arabo-baâtisme-islamisme et toutes leurs mouvances comme ces écervelés de "Al barnamaj al marhali". Malgré le fait qu’ils se réclament d’un marxisme désuet, ils demeurent des arabo-baâthistes notoires, car ceux qui les manipulent et les arrosent d’idéologie fasciste sont bien connus pour leur esprit saddamiste.

Entretien réalisé par Lahsen Oulhadj

 

De : Agadir ouflla
mercredi 13 juin 2007

Publié dans L'info de Tamezgha

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