Affaire Ait Larbi :Notes du procès...

Publié le par Aurés

Affaire Arezki Aït Larbi : Notes du procès
 

D’emblée, l’accusé dénonce le mandat d’arrêt lancé contre lui, et la justice qui l’a déclaré "en fuite !" : "Ce mandat d’arrêt a été lancé contre moi en 1997, au moment où les autorités étaient en conclave avec les émirs de l’armée islamique du salut. Je n’étais ni en exil ni au maquis. On ne va quand même pas me dire qu’il était plus facile de trouver l’adresse de monsieur Madani Mezrag dans les maquis de Jijel, que celle d’un journaliste à la maison de la presse !"
Après un rappel sur les circonstances qui l’avaient amené à écrire la lettre au ministre de la Justice, Arezki Aït-Larbi cède la place à Me Abdennour Ali-Yahia, venu témoigner en faveur du journaliste. A 86 ans, le président d’honneur de la Ligue de défense est d’une extraordinaire fraîcheur. Il rappelle qu’il a été lui même détenu et qu’il a connu l’horreur des prisons, les sévices et les tortures. "Même la France coloniale n’a pas commis de telles horreurs ! Le témoignage d’Arezki Ait-Larbi est en-deçà de la réalité" déclare-t-il.

Arezki Abbout lui succède. Membre fondateur de la Ligue des droits de l’homme et militant de la cause berbère, il a été torturé en 1980 et en 1985, et détenu à Lambèse. Son témoignage a ému l’assistance. La gorge nouée, il raconte son calvaire dans les cachots. Il rappelle comment il a été « puni » pour avoir parlé en Kabyle avec son épouse, au parloir. Maître Salah Hannoun, du barreau de Tizi-Ouzou s’accroche avec la présidente qui veut en finir au plus vite. « Si vous voulez que je vous cède ma place, dites-le et je vous donne ma robe ! »
La présidente du tribunal, une jeune magistrate, n’est pas préparée à ce genre de procès. Plutôt correcte, elle semble dépassée et pressée d’en finir.

Autre membre fondateur de la Ligue des droits de l’homme, Rebaïne Ali-Fewzi confirme les précédents témoignages sur les sévices infligés aux prisonniers de Berrouaghia et de Lambèse, et dans les locaux de la police et de la sécurité militaire.
Procès bien singulier ! Le plaignant, Abdelkader Sallat, ancien directeur au ministère de la Justice avant de devenir ministre de la réforme pénitentiaire, puis directeur de campagne d’Ali Benflis lors de la présidentielle de 2004, ne s’est pas présenté. Il lui était plus facile de défendre son « honneur » dans la clandestinité que publiquement. Le procureur ne dira pas un mot. Plongé dans ses dossiers, il ne relève la tête que lorsque Maître Khalfoun, l’une des avocates du barreau de Tizi-Ouzou, l’interpelle : « nous parlons de choses graves, nous parlons de crimes contre l’humanité, et monsieur le procureur ne se sent pas concerné ; il ne trouve pas mieux que de corriger ses autres dossiers ! ».

Lors des plaidoiries, une quinzaine d’avocats se succèdent pour faire le procès de la torture et des tortionnaires. Me Mokrane Aït-Larbi, frère et codétenu du journaliste, ouvre le bal. Lui aussi membre fondateur de la Ligue des droits de l’homme, il raconte la condition pénitentiaire. Puis il met en garde : « si la justice algérienne ne se saisit pas de cette affaire de crimes contre l’humanité, le dossier finira devant la justice internationale ! ». Me Salah Hannoun rappelle que Yazid Zerhouni était l’un des tortionnaires de Bachir Hadj-Ali en 1965, avant de devenir ministre de l’Intérieur un quart de siècle plus tard. Maître Ouali, le plus jeune des avocats du collectif (il n’a pas encore la trentaine), Me Belhocine, Me Achour, Me Amar Zaïdi, enfoncent le clou. Me Nabila Smaïl déclare sa « fierté de plaider pour la liberté et la dignité humaine ». Me Zoubir Allouche fait remarquer que la torture est érigée au rang de « constante du régime algérien ! » Pour Me Khaled Bourayou, « cette affaire a été réactivée pour faire payer au journaliste ses articles sur l’affaire Khalifa ! ».

Me Miloud Brahimi termine en décortiquant le dossier sur le plan juridique. Il met à nu la complicité entre le plaignant et des magistrats d’Alger. Il relève que dans son droit de réponse au journal, Abdelkader Sallat n’avait même pas nié les faits rapportés dans la lettre au ministre de la Justice.
Avant de clore les débats, la présidente donne la parole à l’accusé. Arezki Aït-Larbi déclare : « le dernier mot madame la présidente, c’est le moment où l’accusé doit faire preuve d’hypocrisie et de lâcheté, en disant qu’il fait confiance à la justice de son pays ! Je n’en ferais rien. Cette justice soumise et clandestine n’est pas respectable parce qu’elle est indigne ! ».
Le verdict est attendu pour le 30 mai.

A noter que tous les avocats du collectif de défense se sont constitués bénévolement.

Pour rappel
1. Lors du procès des détenus de 1981, la juge s’adresse à Arezki Aït Larbi.
- Portiez vous des armes lors de votre arrestation ?
- Oui madame.
- Et quelles étaient vos armes ?
- Mes livres, madame.

2. En décembre 1985 devant la cour de sûreté de Médéa, Arezki dénonce publiquement, le responsable de son incarcération, un haut cadre du ministère de la justice comme étant un ancien indicateur de l’armée coloniale. Je répète ses propos, "En 1957, M.... accompagnait les parachutistes français pour dénoncer des maquisards qui furent arrêtés, torturés ou tués, aujourd’hui il s’en prend à leurs enfants". Arezki et ses camarades à l’époque avaient réussi à transformer leur comparution en procès du régime.

3. Cette fois-ci Arezki, accusé de diffamation, fait au tribunal d’Alger le procès de la torture.

Djaffar Benmesbah pour Kabyles.net

Publié dans Droit del'homme

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