Les Aurès en Bourgogne

Publié le par Aurés

 

quelques compléments à la soirée « Les Images oubliées de Germaine Tillion » sur les Aurèsorganisée par la Maison de la Méditerranée et la ville de Quetigny, février 2004

bando-sup.jpg 
Les Aurès en Bourgogne 

quelques compléments à la soirée « Les Images oubliées de Germaine Tillion » sur les Aurèsorganisée par la Maison de la Méditerranée et la ville de Quetigny, février 2004

Présentation deGermaine Tillon

Pourquoi les Aurès?

La langue Chaoui

Les Aurès dans l’Histoire de France et d’Algérie

Jeune ethnologue dans les Aurès des années 30, résistante, déportée, Germaine Tillion négocia pour le gouvernement français avec les dirigeants du FLN dans les années 50.A travers ce film, Germaine Tillion nous fait parcourir des allers et retours à travers le siècle et la Méditerranée avec un certain humour. Le débat qui a suivi, a porté sur la permanence de notre relation à l’Algérie, de tous les liens noués, y compris entre la Bourgogne et les Aurès, de tous ces petits morceaux d’Algérie qui constituent un peu de beaucoup d’entre nous.

Dans ces mémoires, diverses et contradictoires que nous devons croiser pour contribuer à l’apaisement des sociétés impliquées, l’œuvre de Germaine Tillion est présente, dans l’héritage des Centres sociaux comme dans sa démarche obstinée de dialogue.

Nous reproduisons ici le texte d’introduction puis celui (sans les images) des panneaux confectionnés par la Maison de la Méditerranée pour cette soirée qui a rassemblé une centaine de personnes à Quetigny (Côte d'Or ).

Le film et le débat sont au cœur du projet de la Maison de la Méditerranée :
Construire du lien à propos de :

  • traversées de la Méditerranée : émigration, immigration, exil, rapatriement,
  • patrimoine commun, à travers la Méditerranée
  • croiser les mémoires, «pour que ta mémoire soit un peu de ma mémoire»

POURQUOI LES AURES ? 
Les Aurès, l'Aurès ....Cette région de l’Algérie est dans les mémoires collectives, de la France et de beaucoup de Français, de l’Algérie et de beaucoup d’Algériens, notamment en Côte d'Or, en souvenirs de souffrance ou de soleil, d’enfance ou de jeunes adultes.
C’est un Patrimoine commun, Patrimoine Historique, archéologique,...
Patrimoine Naturel comme en témoigne «Les Images oubliées de Germaine Tillion» et les photos touristiques des gorges de Ghoufi, et des cédraies et si proches des palmeraies.

 
Connaître les Aurès ne veut pas dire en faire un cas à part mais mieux les situer dans ce «pays d’en face» qu’est Algérie, et dans notre Méditerranée commune. La Côte d'Or et les Aurès sont sur le même méridien et à quelques lieues chacune, de la mer Méditerranée.
Se connaître sans s’enfermer, ni soi-même ni les autres dans des catégories fermées, cultiver ses multiples appartenances, nos points communs, la richesse de nos différences.

LES AURES

LA « COTE D'AURES » : LA COTE D'OR ET LES AURES

Ce qu’écrit Buffon sur «Auress» (dans «variètés dans l’espèce humaine» in «de l’homme», tome IX, p 208 : «les habitants d’Auress ont un air et une physionomie différente de celle de leur voisin ….» semble inspiré de Procope qui signalait dans les mons Aurasius «des Leucoaethiopiens, éthiopiens blancs» devenus, chez les premiers anthropologues coloniaux, «les Kabyles blonds du mont Auress» Djebel Aourès, présumés descendant des Vandales et distingués des «tribus Chaouïas» (Société d'anthropologie de Paris, Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, 1859-1860).

Stephen & Gaston Liégeard : de la Côte d'Or aux côtes du Constantinois
Inspiré de sa «Côte d'Or», le préfet Stephen Liégeard a inventé le nom de la «Côte d'Azur» qui a donné l’appellation de «Côte de Saphir», pour désigner la corniche de Petite Kabylie entre Bejaia et Djidjelli.

Le jumelage des Aurès avec le département de Côte d'Or en 1959-60.

En mai 1959, le Conseil général de Côte d'Or décide un jumelage avec l’assemblée locale de l’arrondissement de Batna. «Une association «Bourgogne Algérie» s’est créée sous le patronage des hautes autorités civiles et militaires de Dijon». Le préfet 21 demanda aux maires une «collecte de vêtements chauds» pour les écoliers de Batna, puis, l’été suivant, d’accueillir une vingtaine d’«enfants musulmans» des Aurès.

En 2004, il y a toujours des Dijonnais dans les Aurès, des Chaouis en Côte d'Or, et plein de personnes qui vivent d’autres traversées de la Méditerranée : que pour tous brille le soleil de M’Chounech et souffle le vent des Aurès !

Pourquoi ne pas faire revivre ce jumelage ?

Entre les montagnes des Aurès et les villes de France qu’ils ont construit .

L’AURES : MASSIF !

Les Aurès sont un toponyme d’une longévité exceptionnelle en Afrique :

  • Aurassius des Romains (Procope),
  • Auress pour le bourguignon Buffon,
  • Awràs en chaoui et en arabe.

Selon les cas, les Aurès en tant que massif englobent ou non les massifs périphériques de « l’Aurès» : le Bélezma (et son Parc national), les Ziban et surtout les Némentcha, nom vif dans la mémoire d’appelés.

Dernière station de verdure avant le Sahara, les Aurès alimentent en eau les palmeraies des Zibans, principales exportatrices de fruits et légumes d’Algérie

L’AURES : DELIMITATIONS ADMINISTRATIVES

Ses limites administratives ont évolué au gré des administrations coloniales puis algériennes.

Du temps de Germaine Tillion ,il y avait la commune mixte des Aurès, centrée sur Arris.

Pendant la ‘Guerre d’Algérie’/‘Révolution’, la Wilaya I (la première !), « Aurès-Nementcha », va de la frontière tunisienne (ligne Morice) à Bou-Saada.

En 1957, la France découpe dans le département de Constantine, le département de Batna qui va prendre le nom de département, puis de Wilaya des Aurès en englobant les arrondissements d’Arris, Batna, Merouane (ex Corneille), Barika, Khenchela et Biskra. (Tébessa n’y est rattaché que de 58 à 59).

Le code minéralogique resta 9B jusqu’en 64 (Notons que DZ qui étaient sur les voitures, les «lettres caractéristiques affectées à la Côte d'Or» jusqu’en 1940, sont devenues celles de l’Algérie ! (DjaZaïr)

En 1960-61, les projets Gaulliens de séparer le «Sahara français» de l’Algérie appelée à l’indépendance, ont failli faire des Aurès une région frontière d’avec une entité présidée par Olivier Guichard, mort en janvier 2004.

Aujourd'hui, les Aurès désigne un ensemble qui regroupe les Wilayas de Batna, Khenchela et Oum-El-Bouaghi. Mais celle de Biskra englobe une autre partie des Aurès.

LA LANGUE CHAOUI

«Chaouia» est un mot arabe, plutot péjoratif qui désigne aussi la plaine de Casablanca.
La caractéristique essentielle des Chaouias est de parler chaoui, sur une zone qui déborde largement les Aurès, dans des régions berbèrophones : la petite Kabylie et, en Tunisie, la Khroumirie.

Le dialecte chaoui («tacawit» en tamazight, prononcé thachaouith) est un des dialectes tamazight (berbère) d’Algérie, comme le kabyle, le mozabite, le chénoui, le zénète et le tamachaq des Touaregs. Depuis une dizaine d’année, il est enseigné dans les lycées des Aurès, écrit en caractères latins ou parfois arabes.

On prête au roi Massinissa, d’avoir diffusé, à côté de l’écriture punique, l’écriture lybique ou tifinagh, qui a survécu chez les Touareg. Elles ont été reprises et modernisées par les mouvements culturels berbères du nord de l’Algérie, puis du Maroc pour tenter de transcrire les autres dialectes du tamazight. Au Maroc, les écoliers étudient l'amazighe sur des manuels écrits dans l'alphabet tifinaghe depuis février 2004.

Cet aparté sur une écriture beaucoup plus minoritaire que la langue qu’elle transcrit, ne doit pas faire oublier que, bien qu’il n’y ait jamais eu en Algérie autant de quotidiens francophones qu’aujourd'hui (moins diffusés dans les Aurès que dans d’autres régions berbèrophones), la langue principale y est l’arabe , depuis son parler dialectal très imagé, popularisé par Kateb Yacine, jusqu’à sa version littéraire, pas toujours comprise des plus de 50 ans, dans les discours officiels, beaucoup plus créative dans la littérature arabophone.

LES AURES DANS L’HISTOIRE DE FRANCE ET D’ALGERIE

Le royaume numide de Massinissa, centré sur l’Aurès, a unifié un territoire correspondant à l’Algérie moderne. Le Médracen, mausolée des Imedghassen, aiëux de Massinissa, accueuille le visiteur des Aurès venant, par la route, de Constantine ou, par les airs, dans le nouvel aéroport de Batna.

LES AURES DES ECRIVAINS

«Ecrivains algériens, notre soudaine apparition a tari d’un coup et définitivement la source d’inspiration que l’Algérie a représentée et aurait pu continuer de le faire pour bon nombre d’écrivains français, tous genres confondus. Finis les palmiers, la magie des sables, les jeux interdits avec de jeunes garçons. Nous avons fermé les portes de ce paradis-là et mis la clef sous le paillasson.» (Mohamed Dib, mort fin 2003 dans sa dernière œuvre : Simorgh, 2003)

Effectivement, ,après des Français comme Gide qui situe son Immoraliste à El Kantara, ce sont des Algériens qui écrivent sur les Aurès : Boualem Sansal situe son roman, L’enfant fou de l’arbre creux, Gallimard, 2000 à Lambèse.

De la «kesra» sur la planche pour le cercle des lecteurs de la Maison de la Méditerranée !

LES AURES DANS LES FILMS

Deux films ont rappelé les Aurès aux spectateurs français :

  • "Le Vent des Aurès" (1966), Mohamed Lakhdar-Hamina 

               
  •  
  • Avoir 20 ans dans les Aurès, Vautier


ARTISANAT DES AURES

Les Aurès sont une des principales régions algériennes de production de tapis, notamment ceux de Haracta (Belezma) et des Nemencha (Babar) (Ministère de l’Information et de la culture, 1973, Les musées d’Algérie, II. L’art populaire et contemporain) mais aussi de Ghoufi.

CHANTEURS DES AURES

Bela Bartok en 1913, recueille des mélodies dans la région de Biskra, à Sidi-Okba, à El Kantara. «Bartok y découvre surtout une parenté avec tels aspects des musiques d’Europe centrale. Y aurait- il là une origine commune ?» (Citron P., Bartok, , Seuil, 1963)

Aujourd'hui de nombreux chanteurs chaouis célèbrent les Aurès :

  • Aissa Djermouni,
  • Ali Lkhencheli,
  • Les Berbères,
  • Thaziri, Dihya,
  • Markunda Aurès. …
  • et Houria Aïchi.

Dans le CD édité par l’association «20 ans, Barakat !» contre le code de la famille en Algérie la chanson «Ouach adak ya el qâdhi» «achou kyouren el qadhi» «eh juge ! qu’est-ce qui t’a pris ?» est interprétée en chaoui par Nadia Tachaouit et Keltoum el Aurassia.

LES CENTRES SOCIAUX EN ALGERIE

Lancés en 1955 par Germaine Tillion, les Centres Sociaux ont fait, à contre courant, un travail difficile en Algérie. On y crut jusqu'au bout à l'alphabétisation et à la formation professionnelle des jeunes et des adultes pour apprendre, enfin, à vivre ensemble un peu moins mal.

Parmi leurs animateurs, il faut citer les 6 inspecteurs de l'éducation nationale assassinés à Alger par l’OAS. Le 15 Mars 1962, un commando Delta de l’O.A.S. a méthodiquement assassiné Marcel BASSET, Robert EYMARD, Mouloud FERAOUN, Ali HAMMOUTENE, Max MARCHAND, Salah OULD AOUDIA.

Ils étaient six, Algériens et Français mêlés. Tous inspecteurs de l'éducation nationale, réunis le 15 mars 1962, trois jours avant la signature des accords d'Evian, à Château-Royal dans le quartier d'El Biar, près d'Alger. Parmi eux, Max Marchand, leur responsable, un Normand passionné d'Algérie, et Mouloud Feraoun, l'écrivain kabyle. Ils dirigent des centres sociaux lancés en 1955 par Germaine Tillion, (…). Un commando Delta de tueurs de l'OAS, commandé semble-t-il par l'ex-lieutenant Degueldre, les déchiqueta à l'arme automatique, ce jour-là, comme des chiens, dos au mur, pour qu'un dernier espoir s'éteigne. (Jean-Pierre Rioux)

Les centres sociaux en Algérie 2004

«les programmes des centres sociaux coloniaux mis en place le 27/10/1955 par le gouverneur général d’Algérie de l’époque.» ancêtres des «Foyers d’Animation de la Jeunesse ( FAJ) (1965)» sont présentés comme à la racine du Ministère (algérien) de la Jeunesse et des Sports et du Tourisme.

Source : www.maisondelamediterranee.com/aures.html

Publié dans L'info de Tamezgha

Commenter cet article