Printemps berbère : La symbolique

Publié le par Amazigh

mercredi 25 avril 2007 Kaci Racelma (AEM) Alger, Algérie

  Printemps Berbère : La Symbolique d'une date
 
Printemps berbère : chronologie d'une date symbole 

Depuis 1980, le vingtième jour du mois d’avril est célébré chaque année dans toutes les régions berbérophones d’Algérie. Cette date symbole marque la grogne populaire exprimée par de violentes démonstrations face au déni identitaire décidé par le régime totalitaire de l’époque. Vingt sept ans se sont déjà écoulés et la langue amazighe est reconnue comme langue nationale qu’étudient des centaines de milliers d’enfants dans des écoles. Cette année c’est presque dans l’indifférence que les timides manifestations liées à cette occasion se sont déroulées à travers certaines localités.

 

Printemps berbère : chronologie d’une date symbole

En réalité le mouvement berbère plonge ses racines dans les années 40 lorsque les militants berbéristes de la trempe de Imache Amar, M’barek Ait Menguelet, Ouali Benai, Khalifati Mohand Amokrane, pour ne citer que ceux- là, alors très actifs dans le parti du peuple algérien (PPA) que dirigeait Hadj Messali, manifestaient ouvertement leur désapprobation au concept d’une Algérie arabo musulmane. Eux qui se réclamaient d’une Algérie algéro algérienne tenaient compte de la dimension berbériste de son peuple, ce qui leur vaudra une exclusion de la direction du parti en 1949. Ceci s’apparente d’ailleurs à une crise aigue dans cette mouvance qui allait même compromettre les chances d’une unification des rangs dans la lutte libératrice de 1954. Entre ceux qui puisent leurs idées du saint coran et qui s’identifiaient au pole arabo musulman et ceux qui s’attachaient indéfectiblement au pragmatisme culturel et leurs origines berbères il y avait un grand fossé et un vide non encore comblé au jour d’aujourd’hui. Depuis, la question de l’identité commençait à faire son petit chemin pour se transmettre de génération en génération dans un climat politique en pleine fluctuation.

Durant les années 70 des lycéens, universitaires et même des émigrés s’inscrivaient dans une démarche de promotion de la langue et culture amazighe et portaient clandestinement des documents écrits en cette langue millénaire alors frappée du sceau de l’interdit. A cette époque, plusieurs cercles et espaces d’expression existaient et contribuaient pleinement à l’éveil des consciences. L’académie berbère du défunt Mohand Arab Bessaoud, officier de l’ALN (armée de libération nationale), l’illustre écrivain kabyle d’expression française et amazighe, Mouloud Mammeri, les célèbres chanteurs Slimane Azem ; Lounes Ait Menguelet, Lounes Matoub et même le club de la jeunesse sportive de Kabylie dont les rencontres sportives étaient considérées comme espaces d’expression, jouaient un rôle moteur et catalysateur dans la promotion de cette culture. Alors que le climat politique bouillonnait ; les autorités locales de l’époque avaient procédé à l’interdiction, le 10 mars 1980, d’une conférence de Mouloud Mammeri sur les poèmes kabyles anciens à l’université de Tizi-Ouzou qui porte aujourd’hui son nom. Le lendemain, les étudiants de ladite université passeront à la vitesse supérieure. Bravant la répression, ils décideront de tenir un sit in devant le siège de la wilaya et de la mouhafadha du parti unique de l’époque. Parallèlement, une grève était déclenchée et qui s’élargit au deuxième jour, c’est-à-dire le 12 mars aux différents lycées. Lorsque la nouvelle de l’interdiction atteint toutes les localités de la Kabylie , la réaction de la rue ne s’est pas faite attendre. Des graffitis et d’autres inscriptions en tamazight originale (tifinaghe) faisaient leur apparition et le mouvement prend, au fil des jours, une tournure belliqueuse. « Anarez walla aneknu » "(plutôt rompre que plier) était le principal mot d’ordre . Le président Chadli Benjedid qui devait se rendre à Tizi-Ouzou le 15 mars était dans l’obligation d’annuler sa visite alors que le wali de cette localité en l’occurrence Sidi Saïd multipliait des rencontres et réunions afin d’endiguer ce mouvement en pleine ascension. Ce bruit fait tache d’huile et il atteint même la capitale, Alger, où plus de 200 étudiants ont manifesté leur solidarité à leurs frères de Kabylie le 16 mars. Ils se sont vus dispersés violemment par la police alors que le comité de défense des droits culturels en Algérie était né (CDDCA). Le wali de Tizi-Ouzou en visite à Azazga, une localité située à 40 km à l’est du chef lieu de wilaya était dans l’obligation de quitter les lieux face à la grogne de la population. A Ain El Hammam ex Michelet, le siège du parti unique FLN était mis à sac et la population manifestait dans d’autres localités comme Draa El Mizan, les Ouadhias …

La grogne de la rue fera parler la presse algérienne pour la première fois et ce sera le 20 mars dans les colonnes d’El Moudjahid « les donneurs de leçon »". Le 26 mars les étudiants de Tizi-Ouzou envahissent de nouveau la rue et décideront, à l’issue d’une assemblée générale, tenue le 6 avril d’une manifestation pour le lendemain à Alger. A la place du 1er mai, plusieurs centaines d’étudiants et enseignants exprimeront ouvertement leur désapprobation quant au déni identitaire leur ayant été imposé. En Kabylie des milliers de jeunes buttaient sur le refus des forces de police pour se rendre à Tizi-Ouzou et les affrontements commencent non sans arrestations et blessures parmi les manifestants. Le 15 avril 1980 le CDDCA appelle à une marche pacifique pour le 26 avril devant l’ambassade d’Algérie à Paris. Le 16 avril la Kabylie sera paralysée par une grève générale en coïncidance avec la journée du savoir. Les noms de Ferhat Mehenni, Said Sadi et autres seront retenus par la mémoire collective pour avoir été incarcerés à Berrouaghia, une prison au sud ouest d’Alger et seront mis en liberté provisoire le 25 juin 1980. Du printemps berbère naîtra ensuite le mouvement culturel berbère qui prendra le relais dans la revendication identitaire. Aujourd’hui la langue amazighe est reconnue comme langue nationale qui est enseignée dans des écoles. La célébration de cette date a tourné au vinaigre en 2001 en Kabylie ou 127 jeunes sont tombés sous des balles assassines.

Cette année, le vingt-septième anniversaire de cette date symbole a , fort heureusement, coincidé avec la qualification de la jeunesse sportive de Kabylie aux quarts de finale de la champions league africaine face aux Camerounais du Coton sport de Garoua.

Kaci Racelma(AEM), Alger, Algérie

Publié dans L'info de Tamezgha

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