Voyage dans le pays chaoui

Publié le par chaouia

      
LES AURES :Jusque dans un passé récent, l'essentiel de Aurès ne pouvait se visiter qu'à pied ou à dos de mulet. Sans nier le charme de telles randonnées, on peut se féliciter que des routes modernes, au réseau en pleine extension, permettent désormais d'accéder à des sites comme Menaa, Rhoufi ou Djemina...
Qui plus est, l’automobiliste, décrié parfois un peu vite, permet de saisir le violent contraste entre le nord et le sud du massif, entre la forêt de cèdres de S'Gag et les oasis blotties au fond des gorges de Djemmorah ou de M'Chouneche, entre les grès rouges de Baniane et les terres sombres du djebel Mahmel qui gardent longtemps dans leurs plis les sillons de neige et ont peut-être inspiré aux artisans aurésiens le dessin de leurs tapis à fond noir.
Aujourd'hui, une route parfaitement entretenue relie Biskra à Batna en remontant la vallée de l'oued El Abiod par Rhoufi, et Arris. Cette voie est régulièrement déneigée en hiver.

Une route moderne élève, à partir de Rhoufى sur les pentes abruptes du djebel Ahmar Khaddou et conduit à T'Kout et au site extraordinaire de Djemina.

Le nord-est du massif, couvert de belles forêts, est sillonné par plusieurs routes de wilaya, la W.45. la W.172 notamment. qui donnent accès à des sites peu fréquentés.

   Arris passe pour la " capitale " des Aurès.
Les Aurès sont ces vallées parallèles qu'isolent des plissements difficilement franchissables dont l'ensemble constitue, au sud des plateaux Constantinois, un massif original qui, avec des sommets avoisinant 2 000 m, domine la grande dépression de l'Est saharien.
Là, à l'intérieur d'un cercle jalonné par Batna, Khenchela, Biskra, cercle matérialisé par une suite de routes, la nature offre des sites variés, relativement peu connus, toujours d'un pittoresque extrême et souvent d'une grandiose beauté.
Là, au fond de canyons sauvages, au long de vallées fertiles, au flanc de pitons-belvédères ou dans la solitude de maquis balayés par les vents, vit une population de souche berbère, fière de sa personnalité qu'elle a su défendre au long des siècles contre toutes les tentatives de subordination.

 

 Arris est une petite ville dont l'activité est principalement administrative. Elle doit son développement au fait qu'elle marqua longtemps le terminus de la route. L'agglomération est située en partie sur un épaulement secondaire s'avançant au-dessus de la vallée de l'oued El Abiod et, pour le reste, étagée sur le versant nord, face à de hautes pentes boisées s'élevant vers le nord-est, d'où souffle l'hiver un vent glacé.

Le carrefour de la route et de la rue principale est le centre de l'activité ; les arrêts et départs des cars, les terrasses des cafés, les gargotes aux sombres entrées sont, pour les Aurésiens chaudement drapés dans leur burnous bruns, l'occasion de se rassembler et d'échanger des nouvelles avant de remonter dans leurs montagnes.
A proximité s'ouvre, derrière un haut perron, le musée de l'Aurès. Y sont exposés tapis et couvertures chamarrés, les " tallis " et les " mergoums " dont le fond noir rappelle l'austérité des montagnes alors que les motifs géométriques témoignent de la fantaisie, de imagination et du goût de l'artisan aurésien pour les couleurs.
On retrouve ces qualités dans de très simples mais beaux carrés de laine noirs ou bruns dont ornementation tient en cinq cercles de peinture aux couleurs éclatantes, des violets, des jaunes, des roses, des verts, toujours différents d'une pièce à l'autre.
On peut aussi admirer, en ce musée d'Arris, quelques modèles de bijoux portés par les femmes des Aurès : plaques pectorales, fibules, bracelets de cheville parfois énormes...
On a beaucoup écrit sur la femme berbère, aurésienne en particulier, sur sa beauté, sa gaieté, son ardeur au travail, mais aussi sur ses droits de maîtresse de maison et son pouvoir social qu'elle n'entend pas partager.
Ce peuple rieur, sain, bon enfant, est aussi un peuple besogneux, aux femmes comme aux hommes durs au travail, tenaces et endurants.

  Ighz°ar Amellal: Remontant l'oued El Abiod, on trouve, en amont de Rhoufi, Tiffelfel à la sortie de gorges étroites, mais peu encaissées, dites de Tighanimine, qui marquent une nette frontière climatique : au-delà, plus de palmiers, d'oliviers, d'orangers, mais la neige en hiver.
Les maisons sont de pierre, souvent couvertes de tuiles.
C'est entre Rhoufi et Tiffelfel, s'embranche la route de T'Kout et Djemina. T'Kout est entouré de cultures en gradins savamment ordonnées.
La route, étroite, élève rapidement, contourne le flanc nord de l'Ahmar Khaddou marqué par des escarpements abrupts, débouche sur un haut plateau battu par le vent où quelques bergers, ensevelis dans leur burnous comme des moines dans leur robe de bure, gardent de grands troupeaux de moutons.
Perdant un peu d'altitude, le chemin s'enfonce dans une ravine aux versants couverts d'une forêt, une véritable forêt de grands arbres, résineux pour la plupart. Près d'un oued franchi à gué, un village de bergers, de charbonniers...
Montées, descentes, la forêt alterne avec des platières caillouteuses.
Après un dernier ressaut, un canyon se creuse que l'on suit du haut de la rive gauche, alors que la rive droite est constituée par une falaise verticale de deux cents mètres de haut.
Ici, des ouvertures à mi-hauteur du roc intriguent par leur régularité : anciens greniers et habitations troglodytiques auxquels on accédait depuis un pan de montagne éboulé, par un système de passerelles et de sentiers suspendus. C'est Djemina.            >> a suivre   photo: site zalatoo

Publié dans L'année des Aurès

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